Le recours aux AINS prédit la révision de prothèse de hanche

Le recours à des AINS durant la première année qui suit une arthroplastie totale de hanche serait un facteur prédictif de reprise. C'est une donnée importante quand on connaît tout le poids médical, moral et financier d'une ré-intervention.
On estime aujourd'hui que les reprises de PTH se produisent dans 10 à 12% des interventions. Parmi les causes d'échec, il faut citer les luxations récidivantes, le descellement qui entraîne une ostéolyse, le bris du matériel au niveau de la tige fémorale par exemple, l'infection précoce ou à distance de l'intervention, etc. Les conséquences sont généralement lourdes pour le patient. Outre la ré-intervention, la réhabilitation est plus lente et moins efficace, avec un risque de complications et de luxation de l'ordre de 10% contre 1% après une première PTH. Pour tenter de réduire ce taux de révision, de nombreux efforts ont été faits au niveau des matériaux, des modes de fixation, des techniques chirurgicales proprement dites. Une étude de cohorte britannique a notamment comparé sur 7 ans 434.560 arthroplasties de la hanche et re-surfaçage de la hanche, pour identifier les gestes ou les matériaux (re-surfaçage métal/métal, céramique/céramique et métal sur polyéthylène) les plus à risque de reprises ultérieures.
Un facteur prédictif de reprise
Cette équipe espagnole a constitué une cohorte1 de 11.886 patients opérés pour une PTH entre 2005 et 2012. Les données ont été extraites d'un registre de soins de première ligne et de banques de données listant les médicaments prescrits, les données démographiques et cliniques et les facteurs de vie. Le recours aux AINS a été défini selon l'index ATC/DDD (Daily Defined Dose). Les facteurs inclus dans l'analyse multivariée sont l'âge, le sexe, le BMI, l'alcoolisme, le tabagisme, les co-morbidités, le statut socio-économique des patients et le type de fixation de la prothèse. Les résultats montrent que cette population consomme beaucoup d'AINS et que le recours à ces AINS durant la première année postopératoire est significativement associé à une incidence accrue de révisions de prothèse. L'association est la plus forte chez les hommes et chez les patients âgés de plus de 72 ans. Les auteurs ont également recherché s'il existait une corrélation entre l'emploi des AINS dans l'année précédant la PTH et l'année suivant la PTH, afin d'identifier d'éventuels changements de consommation, mais actuellement, les données ne sont pas concluantes. Aucune explication n'est avancée sur le point de savoir si les AINS pourraient accroître ce risque de révision en intervenant dans l'ostéo-intégration. Pour les auteurs, ce côté prédictif des AINS est important pour se faire une idée du pronostic du patient plus sûrement que ne le fait un registre.