Maltraitance, cannabis et troubles psychotiques
Le lien entre la maltraitance sur enfant et le développement de troubles psychotiques chez ces derniers est bien établi, mais quels sont les facteurs qui peuvent aggraver ou au contraire diminuer l'apparition de ces troubles ?
Pour répondre à cette question, des chercheurs anglais ont analysé une population d'enfants du sud-est de Londres : South East London Community Health Study (SELCoH). Cette étude a été menée entre 2008 et 2010. Les deux quartiers de la City, Lambeth et Southwark, sont connus pour être habités par une population très variée ethniquement parlant, mais très défavorisée. Ils ont utilisé un questionnaire de dépistage de maladies psychotiques, le PSQ (Psychosis Screening Questionnaire). Il comporte 5 sections couvrant l'hypomanie, des troubles de la pensée, de la paranoïa, des hallucinations et d'autres troubles rangés dans les " expériences étranges ".
Au total, 2070 familles ont été contactées dont 1075, où au moins un des membres a accepté de participer à l'étude. Sur les 2359 personnes éligibles, 1698 ont accepté d'être interviewées : le nombre moyen de participants par famille a été de 2,7. Après analyse, il s'est avéré que l'échantillon était globalement représentatif de ces deux quartiers, selon les caractéristiques démographiques et socio-économiques. Finalement, seules 1680 personnes ont été évaluées.
La prévalence des troubles psychotiques à un an a été de 17,9%, ce qui correspond à la proportion retrouvée dans une étude précédente. Le trouble le plus souvent évoqué était la paranoïa atteignant 237 personnes (13,2%). Sans surprise, les variables démographiques et socio-économiques incluant, par exemple, l'ethnie autre que caucasienne britannique et un niveau faible d'éducation étaient associés à une augmentation du risque de développement un trouble psychotique. L'isolement et de faibles revenus constituent les facteurs prédictifs les plus forts.
Le risque d'apparition de ces troubles double chez ceux qui, dans l'enfance, ont été maltraités, abusés sexuellement. Ceux qui rapportent des abus sexuels ont aussi subi d'autres maltraitances physiques ; pris ensemble, ces deux facteurs triplent le risque de survenue d'une maladie psychotique. Par ailleurs, ceux qui développent ces troubles sont 2,5 fois plus susceptibles de consommer du cannabis. En revanche, les chercheurs n'ont découvert aucune relation inverse impliquant une consommation de cannabis entrainant une augmentation des psychoses. En revanche, il existe un effet synergique entre l'abus sur enfants, les évènements de vie et l'usage de cannabis.
Craig Morgan et al. Adversity, cannabis use and psychotic experiences: evidence of cumulative and synergistic effects The British Journal of Psychiatry (2014) 204, 346-353.