Le GBO défend le système d'accord
Dans une interview croisée à paraître dans notre prochaine édition papier, entre Roland Lemye, président de l'Absym et Anne Gillet, présidente du GBO, celle-ci défend le système de concertation en envisageant trois scénarii. Sans mutuelles, on irait selon Gillet, vers une médecine antisociale. Lors de l'entretien, l'Absym précise qu'elle veut surtout rediscuter des règles du jeu et pas supprimer le système. Extraits.
Dr Anne Gillet (GBO) : Je ne vais pas ici défendre les mutuelles, je vais défendre un système. Que ce soit bien clair. Nous parlons de sécurité sociale. Il s'agit d'équité sociale : les gens reçoivent selon leurs besoins et cotisent selon leurs capacités. Donc il n'y a pas de sélection des risques. C'est ce que le GBO défend. Les mutuelles ont un avantage à cet égard, c'est qu'elles défendent leurs membres qu'ils soient malades ou pas, contrairement aux associations de patients. Donc, nous pensons que les mutuelles voient beaucoup plus large. Elles garantissent les remboursements. Elles assurent la défense des patients, notamment en matière d'erreur médicale. Inconvénient de taille : les mutuelles sont juge et partie. Là je rejoins Roland Lemye. Elles sont productrices de soins et donc dans les négociations, elles ont évidemment une position qui se complique. Mais il y en a d'autres qui sont juges et parties : certains syndicalistes sont aussi gestionnaires d'hôpitaux, ce qui complique aussi leurs positions dans la défense professionnelle. Trois scénarii sont possibles : 1. Un scénario ultra-libéral (je dis bien ultra-libéral pas libéral) : on ne fait pas de convention et on fait payer ceux qui savent. Ceux qui ne savent pas [payer], sont rejetés. Et on aboutit à une diminution de la qualité de la santé publique. Et le plus grand nombre des médecins qui souhaitent soigner ces patients démunis, seront mis en difficulté. Ça, c'est du cynisme social. 2. Maintenant, imaginons un système sans mutuelles avec une négociation directe avec les fonctionnaires de l'Inami. En temps de crise, on peut imaginer le risque que l'Etat décide alors de fixer les honoraires et, pourquoi pas, décide une forfaitisation totale. Le GBO ne souhaite pas une forfaitisation intégrale. Cela signifierait la disparition de la médecine libérale. 3. Préservons le système actuel et aménageons-le. Ce système garantit la pérennité de la médecine libérale (pas ultra-libérale), celle qu'on promeut au GBO malgré tout ce qu'on peut raconter... Ce système nous offre un équilibre pragmatique entre les syndicats [médicaux] qui négocient avec les mutuelles et vice versa. Pendant 35 ans (1963-1998), la médico-mut a très bien marché. Seul problème : l'Absym était quasi seule à bord, désignée de façon arbitraire comme représentante des médecins. Conséquence : la médecine générale s'est retrouvée à genoux. Pourquoi ? Parce que l'acte intellectuel a été laminé. A cause de quoi ? Parce qu'on a privilégié la technicité et l'hôpital comme lieu privilégié des soins. Puis sont arrivées les élections syndicales. On a réussi à revaloriser la médecine générale. Je trouverais dommage qu'on casse ce mouvement vertueux alors que la MG sort la tête de l'eau. "
Dr Roland Lemye (Absym) : On se trouve dans un système qui devrait refléter un certain équilibre entre les parties, à savoir entre les mutuelles et nous. A l'origine, les mutuelles s'étaient vues confier la mission d'organisme assureur. La deuxième mission était de faire des accords. On le fait depuis 50 ans. Ces accords étaient établis sur un principe de liberté qui permettait de faire coexister de manière harmonieuse un système social et une médecine libérale (au service du patient). Cela implique une liberté d'engagement. Entre 80 et 90% des médecins s'engagent encore [dans la convention].
Or le communiqué du Vendredi saint de l'ANMC indique que celle-ci va orienter les patients vers des médecins conventionnés. On sent des efforts importants des mutuelles de supprimer toute liberté. Ce n'est pas très agréable, d'autant qu'elles contournent les règles qu'elles fixent elles-mêmes. Exemple : les prestataires sont interdits de publicité alors qu'on voit passer partout des camionnettes de la Croix Jaune et Blanche ou des CSD avec des numéros de téléphone en grand. Tout cela détériore le climat. Depuis un petit temps, les organismes assureurs peuvent ester en justice. Ils exercent un contrôle via leurs médecins conseils ce qui est normalement dévolu à l'Inami. Ils veulent contrôler tout ce que les médecins tarifient y compris ce qui n'est pas remboursé. Ils utilisent à tort et à travers leurs relais politiques lorsqu'ils n'obtiennent pas ce qu'ils veulent à la médico-mut. Ils se positionnent comme syndicat des patients. Ça fait un peu beaucoup pour continuer à discuter avec les mutuelles. On a donc décidé de remettre cela en question.
Lire l'interview dans le Jdm de vendredi prochain