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Le Grand débat (Partie IV) : comment attirer les jeunes vers la MG ?

Les freins à la médecine générale ? Hyper-disponibilité et surcharge administrative, pointent Anne Gillet et Roland Lemye.

Nicolas de Pape - 28 mai 2014

Parlons un peu d'attractivité de la médecine générale... Anne Gillet, vous vous plaigniez récemment qu'on formait 25% de MG et 75% de spécialistes alors qu'un équilibre proche des quotas recommanderait 43%/57%... Comment arriver à cette fraction ? Comment convaincre les jeunes d'embrasser ce beau métier et que la MG ne soit pas une spécialité de relégation ?

Anne Gillet : Il y a en fait trois attractivités : financière, organisationnelle et intellectuelle, même si on a fait un bond majeur depuis les premières élections syndicales. L'attractivité intellectuelle me paraît la plus importante car elle est la première à motiver les candidats médecins. Il faut augmenter le nombre de professeurs de médecine générale. Dans certaines universités, on le fait déjà. Les étudiants sont mis en contact avec la spécificité de la MG. Cela permet au jeune médecin de découvrir que le MG n'est pas un subalterne : c'est une médecine de haut niveau. Il faut défendre le couleurs de la MG dès le début des études. A nouveau, c'est une question de mentalité des AUTRES professeurs. Ils pourraient enseigner quelle est l'utilité du MG dans la prise en charge de l'ulcère gastrique par exemple...

A partir de quelle année l'étudiant fait la connaissance d'un MG ?

R.L. : Cela dépend des facultés...

A.G. : En tout état de cause, la vision globale, l'anthropologie de la maladie ne sont pas suffisamment mises en lumière. On passe directement vers des choses plus scientifiques et techniques et cela gomme d'emblée toute l'importance d'aborder la médecine de façon globale, culturelle, anthropologique. Rappelons que " primari " veut dire " essentiel ". Et puis il faut approfondir la télémédecine, pour développer une relation entre MG et spécialistes sans contacts-patients. Je pense aux discussions au sein de la COM (consultation oncologique multidisciplinaire). Le MG n'est pas présent car il est incapable de se déplacer en temps voulu.

Via de la téléconférence ?

A.G. : Oui. Mais tout cela doit être rémunéré...

Troisième aspect...

A.G. : le côté financier.

Vous voulez dire, au fond, que les MG gagnent nettement moins que les spécialistes et que cela doit changer ?

A.G. : Oui. Il faut que les MG arrivent à la médiane des honoraires de tous les autres médecins. Il est évident qu'un cardiologue a besoin de beaucoup plus de machinerie et doit gagner plus en comparaison. Il est clair que notre acte intellectuel n'arrive pas au niveau de celui des autres, d'autant qu'on a très peu d'actes techniques mais je promeus parallèlement la revalorisation de l'acte technique par les MG. La médecine de groupe permet cela. Moi je fais plus de gynécologie. Mon confrère fait plus d'infiltration, un autre plus de petite chirurgie. Donc il faut augmenter les forfaits, développer Impulseo. Celui des réseaux informatiques : trois MG de village qui s'associent au niveau informatique, pour assurer la continuité des soins et le partage des expériences.
Ensuite, un financement qui est important, c'est celui du " collectif ". Aujourd'hui, les MG ont un bon honoraire mais il faut s'assurer que collectivement, ils assument. Je pense évidemment aux cercles qui organisent les gardes. Il faut revoir les Impulseo pour soutenir le MG qui voudrait prendre des assistants. La profession doit " tenir " collectivement.

Comment l'Absym compte attirer les jeunes vers la MG ?

R.L. : Je souligne trois aspects importants : l'image de marque, d'abord. Les spécialistes ont été reconnus officiellement en 1957. A partir de ce moment-là, ils avaient une formation définie. Les spécialistes savaient plus. Ils gardaient aussi des techniques pour eux. Ils pouvaient donc plus. Il ne manquait pas de place. On a commencé à sélectionner les spécialistes. On a bien sûr pris les meilleurs. Pour les MG, ce fut dur puisque non seulement les spécialistes savaient plus, mais en plus étaient-ils les meilleurs... Nous voulions un MG d'un poids équivalent. Il a fallu des années pour y arriver même si on n'y est pas encore. On a eu le " recyclage " comme on l'appelait. Après, les universités ont imposé que cela commence seulement en 7e année. On pouvait s'installer avec une tutelle plus ou moins lointaine d'un maître de stage pour 15 stagiaires. Ça a duré jusqu'en 2000. C'est presque acquis. Il reste à considérer la MG comme une vraie spécialité. C'est déjà le cas dans plusieurs pays européens. Pour cela, il faudrait une année en plus...

C'est-à-dire 6+4 ans ?

R.L. : oui, comme les dermatos... Et je pense que cela participe de l'attractivité. Il ne s'agit pas, comme les spécialistes, d'avoir un créneau étroit. Ce qui fait la spécialité, c'est que le MG a une formation telle que personne d'autre ne peut la faire à sa place.
Pour ce qui est des honoraires, cela a suivi : 25% d'augmentation pour ceux qui faisaient le recyclage ; en 1988, on a eu +30% et puis début 2001, le 20/30 sans compter le DMG, etc. Ensuite, il y a les conditions de travail. On a mis sur pied les cercles (mon cercle de Courcelles porte un des premiers numéros...). Il y a eu ensuite les gardes. Nous avons défendu les postes de garde, les voitures avec chauffeur. La question de la sécurité joue également. Le fait d'avoir un chauffeur qui connaît les lieux dispense de connaître la géographie. Sans oublier le 1733. A l'Absym, nous voudrions disposer pour les gardes de possibilité d'une alarme géolocalisable. La voiture avec chauffeur sert pour les patients qui ont de mauvaises intentions. Mais pour le malade qui s'énerve, qui casse tout... Le chauffeur alors ne sert pas à grand-chose... On voudrait bien avoir une professionnalisation comme en France (même si la formation en MG y est très hospitalière) où on s'installe progressivement. Les gardes seraient alors basées sur le volontariat. Les gardes ne seraient donc pas obligatoires pour les personnes qui ne veulent pas en faire. Enfin, sans être obligatoire, en gardes, on est bien obligé de pratiquer en TP. On voudrait que ce TP soit garanti de remboursement. Dans les missions des mutuelles, il est dit qu'elles doivent vérifier l'assurabilité. Cela coûterait beaucoup moins cher d'avoir une assurance universelle que de payer les mutuelles à vérifier cela.

Qu'est-ce qui vous paraît être le plus grand repoussoir qui empêche les candidats de devenir MG ?

R.L. : je pense qu'on sera d'accord : c'est la charge administrative. Elle est de plus en plus énorme. Quand on lit la note de Mme Onkelinx sur les maladies chroniques, cela ne va pas s'arranger. Mais je l'ai dit tout à l'heure, le MG a une relation " fusionnelle " avec son patient. Il a beaucoup de mal à lui refuser quelque chose. Cette obligation de s'extraire d'une relation amicale et intime pour devenir le gendarme est très perturbant...

A.G. : Je pense que c'est d'abord l'hyper-disponibilité du MG. Les stagiaires qui viennent apprendre chez nous sont subjugués par la qualité de ce que l'on fait mais ils disent : " Ce ne sera pas pour moi ! ". Car c'est trop d'heures. C'est du 8/8. Les jeunes médecins hommes ou femmes ne veulent plus travailler autant. C'est un métier où la liberté se paie cher si on veut un équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Ils ne savent pas que c'est très épanouissant intellectuellement. Ils n'en voient que le désavantage car on le leur a pas fait la promotion de cette stimulation intellectuelle...
Qu'on soit les gendarmes, maintenant, c'est autre chose. Je ne le vis jamais comme ça. Je suis intéressée par la santé publique. Si je prescris trop de quinolones, non seulement la santé publique en pâtit mais mon patient aussi puisqu'il va être confronté aux résistances aux quinolones. Je prône le respect de l'autorité morale du médecin. On est confronté de plus en plus à des médecins qui ont des difficultés à dire non, parce que peu soutenus dans leur refus. On a une société nonchalante par rapport à l'autorité morale... Pensons aux Droits du patient, qui de ce point de vue, nous ont mis dans une position difficile.. or c'est bien le médecin qui décide in fine s'il prescrit un antibiotique, même dans une relation de partenariat avec le patient. Et je pense que cet aspect peut poser problème si on ne le travaille pas. Mais cela reste palpitant.
Quant au 6+4 ans de médecine, il faut éviter de trop charger les études... Mais pourquoi pas ? A condition toutefois d'interdire formellement pendant ces quatre ans d'aller encore plus à l'hôpital. Faire de nos assistants des assistants spécialisés en hôpital, c'est non. On a vraiment besoin de main d'oeuvre en MG ! Mais on peut concevoir des modules de formation en médecine spécialisée ou en planning familial, ou en toxicomanie, ou en recherche médicale.

R.L. : il y a six mois obligatoires...

A.G. : Mais pas plus. Ils peuvent faire de la recherche en MG. Renforcer cette recherche c'est aussi augmenter l'attractivité. Les gardistes, OK. Mais je ne pense pas que nous aurons 20% de gardistes !
Enfin, à titre personnel, quant à l'immunisation fiscale, je suis pour qu'on gagne le mieux notre vie possible mais il faut payer les impôts dessus. Vous n'allez pas demander aux infirmières d'immuniser leurs gardes ! Nous gagnons bien notre vie, payons des impôts !

R.L. : Ceci dit, cela est vrai aussi pour Impulseo... qui pourrait être immunisé.

A.G. : Le message qui consiste à dire : " les médecins sont immunisés pour certaines tâches ", quid des autres ?

R.L. : Il y en a qui le sont...

A.G. : Enfin, l'attractivité passe par un statut social qui prévoit une allocation pour congé de maternité des femmes médecins. Cela permettrait de doubler le congé de maternité. Il faut absolument couvrir d'autres problèmes psychiatriques et pas seulement le burnout. Pourquoi pas via le statut social ?

R.L. : Nous sommes attachés à la santé publique bien sûr. Dans les pays où la médecine est plus étatisée ils ont peut-être de meilleurs chiffres mais je reste du côté de mon patient.
Sur le statut social, notre position est la suivante : dès lors qu'il y a de plus en plus une obligation de pratiquer par exemple le TPS, ce serait normal d'avoir un statut social minimum qui couvrirait le burnout par exemple. Pourquoi le burnout ? Parce que la plupart des assurances de revenu garanti ne l'assurent pas. De plus, un médecin touché risque de payer des primes supplémentaires. Il a été question de supprimer le statut social en-dessous d'un certain seuil. Je crains alors que ces médecins ne soient plus concernés par l'accord. Par ailleurs, ces médecins sont ceux qui en ont le plus besoin.

A.G. Si je me préoccupe de la santé publique, je refuse de ne pas suivre un patient parce qu'il fume. C'est pourquoi je suis une fervente défenseuse de la médecine libérale ! C'est un choix ! Ne pensez pas que je vais refuser de soigner quelqu'un !

Le Grand débat (Partie V) : Que faire avec les médecins hors du circuit normal ?

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