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Le Grand débat (Partie III) : La régionalisation, une menace et une opportunité ?

Les deux syndicats voient une opportunité dans la régionalisation à condition d'être vigilants. Pour le moment, c'est plutôt menaçant.

Nicolas de Pape - 28 mai 2014

Passons à la régionalisation de soins. Quelque chose m'a frappé dans le programme du GBO, c'est que vous considérez cette régionalisation plus comme une opportunité qu'une réelle menace, afin de mettre en place une organisation de la première ligne " régionalisée " qui tienne la route, si l'on comprend bien...

Anne Gillet : C'est une menace quand même ! Car les Régions reçoivent un budget mais rien ne les oblige à les utiliser pour une politique bien précise. Il est clair que les deux syndicats, ensemble avec la SSMG, le Fag, la FAMGB, nous allons devoir nous réunir et faire du lobbying pour que la MG soit bien traitée. Les cercles seront-ils financés comme il se doit, les Réseaux multidisciplinaires locaux (RML) seront -ils pérennisés ? Il va falloir bien mesurer la menace et la transformer en opportunité ! Il faut que les MG gardent le droit à la parole dans les RML. Nous considérons que c'est dommage de les confiner aux deux trajets de soins diabète et insuffisance rénale (que nous voudrions remanier car en l'état, ces deux trajets de soins ne nous conviennent pas). Les RML doivent rester un vrai service à la première ligne... Nous sommes contents de voir l'évolution positive de tout cela mais nous revendiquons une coupole neutre qui rassemblent les RML, les SISD et les coordinations comme ACCOORD par exemple.

Vous parlez même de la nécessité d'un " Iwami "...

A.G. : Oui et même aussi un Ibami pour Bruxelles... L'important est de déterminer les tâches de chacun parce que la défense professionnelle est, au sens large, gérée par le Fag et la SSMG et des DUMG. Donc, il faut que la défense professionnelle soit aux mains des syndicats d'où la nécessité d'un organisme d'intérêt public régional. On aurait également en soutien de la réflexion un CRPQ (conseil régional de promotion de la qualité) dans lequel on verrait plus aisément les sociétés scientifiques, les DUMG. Les cercles seraient présents dans les bassins de soins, avec leur grande expertise du terrain, pour planifier la première ligne. Où sont les excès d'offre, les pénuries d'offre, etc. Nous pourrions vraiment de développer toutes les expertises.

Comment l'Absym se prépare à cette régionalisation ?

Roland Lemye : Vous savez, j'en ai déjà l'expérience avec les soins à domicile. Il a fallu vraiment se battre pour imposer l'idée du pluralisme et donner, au sein des soins à domicile une autorité aux MG. Aussi bien les autorités que les mutuelles revendiquaient cela pour elles-mêmes. Et elles ont fini quand même par instaurer leurs propres réseaux de soins à domicile. Ce qui n'a rien arrangé, c'est le passage des Communautés aux Régions : au lieu de discuter à deux, on doit discuter à trois (je parle de la Flandre). En second lieu, les autorités wallonnes, nous ont donné un petit strapontin au sein des SAD. Il y avait quatre médecins parmi 15 personnes et des médecins choisis par eux (maison médicale, etc.). Il y avait (quand même !) un représentant syndical, moi et Philippe Vandermeeren.
On a choisi encore une fois la pire des solutions : la régionalisation. Et je vois bien Bruxelles et la Wallonie prendre leurs distances l'une par rapport à l'autre. On nous fait des promesses. Mais les tiendront-ils ? Seront-ce seulement des grands principes ? Ils parlent d'endroit où l'on pourra se concerter. J'y ai déjà participé : il y a bien quelques médecins, les mutuelles, les syndicats, les associations de patients, les assurances peut-être aussi ? Plus on est de fous plus on rit ! Mais plus on est autour de la table, moins on a à dire. Je ne dis pas qu'il ne s'agit pas d'une opportunité mais c'est loin d'être joué d'avance. Du côté des spécialistes, ils freinent des quatre fers pour qu'on n'y soit pas. L'Iwami ? Je ne suis pas contre mais pour le moment il n'y a pas d'honoraires médicaux qui soient prévus. Ce sera plutôt un comité de l'assurance qu'une médico-mut. Enfin, tout cela ne me rassure pas du tout. J'ajoute que Mme la ministre Tillieux nous a promis 15% de maisons médicales. Je n'ai rien contre la pratique de groupe mais la menace est que le politique nous impose des structures et que les médecins perdent les outils. Cela me paraît grave.

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