Dépression et asthme : une variante de l'oeuf et de la poule
Si l'existence d'une association entre asthme et dépression est connue de longue date et a été documentée dans diverses études transversales, la détermination de l'élément qui déclenche l'autre restait à faire.
Pour faire la lumière sur la question, les investigateurs ont utilisé les données de jeunes adultes enrôlés en 1985 et 1986 dans la cohorte CARDIA (Coronary Artery Risk Development in Young Adults).
Ont été identifiés lors de l'examen de suivi à 5 ans :
? d'une part, 3.614 sujets non asthmatiques qui présentaient des symptômes dépressifs (n = 856) ou n'en présentaient pas ou très peu (n = 2758)
? d'autre part, 3.016 sujets sans manifestations dépressives dont 188 asthmatiques et 2.828 non asthmatiques (auto-déclaration des sujets dans les deux cas).
Ces sujets ont été suivis prospectivement de façon régulière pendant 20 ans afin de déterminer dans le premier cas l'incidence d'asthme et dans le deuxième cas l'apparition de manifestations dépressives.
Chez les personnes présentant des symptômes dépressifs les investigateurs rapportent un risque relatif d'asthme de 1,26 (IC 95 % 1,02 à 1,56 ) après ajustement sur les covariables.
En revanche, le risque d'apparition de symptômes dépressifs n'est pas significativement plus élevé chez les asthmatiques que chez les non asthmatiques (hazard ratio ajusté = 0,92 ; IC 95% 0,70 à 1,20).
Ce travail observationnel prospectif longitudinal montre donc que l'existence de symptômes dépressifs constitue un marqueur de risque de développement d'asthme à l'âge adulte, ce qui devrait inciter à une surveillance rapprochée de cette population. Le caractère autodéclaratif du diagnostic d'asthme doit inciter à la prudence dans l'interprétation car certains sujets se déclarant asthmatiques étaient peut-être en fait des sujets ayant au fil du temps développé une BPCO.