L'eau ne filtre pas la fumée
La notion que le tabac est nocif pour la santé passe chez les jeunes, mais les incite plus à trouver des alternatives qu'à renoncer à fumer. L'idée n'est en soi pas mauvaise, mais les alternatives perçues comme plus sûres ne le sont pas toujours.
Parmi les alternatives ayant le vent en poupe figurent les pipes à eau dont les noms exotiques (chicha, hookah ou narguilé) constituent déjà une évasion à eux seuls.
Une évasion qui est toutefois loin d 'être anodine comme le révèle les résultats d'une étude menée chez 55 jeunes adultes qui après une période d'abstention d'une semaine ont été invités à passer une soirée dans un bar à chicha pour y fumer leurs pipe à eau favorite.
Par rapport à des dosages effectués pendant la période d'abstention, les analyses effectuées juste après l'usage de la pipe à eau indiquent un niveau élevé de dérivés nicotiniques et de nitrosamines ainsi que la présence de plusieurs composés organiques volatils spécifiques du tabac puissamment cancérigènes (benzène et acroléine notamment).
Le temps moyen d'utilisation de la pipe à eau était de 74 minutes et cela a engendré des taux urinaires de nicotine, de cotinine et de NNAL (produit de dégradation cancérigène d'une nitrosamine spécifique du tabac) respectivement 73, 4 et 2 fois plus élevés que pendant la période d'abstention. Le lendemain, les taux de ces mêmes composés étaient toujours significativement élevés, mais dans une moindre proportion, respectivement x 10, x 3 et x 2.
A noter que l'augmentation moyenne des taux de nicotine après utilisation de la pipe à eau sont dans tous les cas aussi élevés qu'après usage d'au moins une cigarette.
En dépit des vertus purificatrices bien connues de l'eau, il faut se rendre à l'évidence : le fait que la fumée transite dans l'eau ne réduit pas sa teneur en produits toxiques et carcinogènes pour les poumons.