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Partie V : Pénurie ou pléthore ?

Sans cadastre des spécialistes, il n'est pas possible d'objectiver les pénuries dans certaines spécialités. Mais des solutions existent : la médecine extra-hospitalière quitte à renoncer à tout offrir dans chaque hôpital. En attendant, il faut respecter le temps de travail.

Nicolas de Pape - 5 juin 2014

On parle beaucoup de pénuries de spécialités. On n'a toujours pas de cadastre des médecins spécialistes. L'un ne va pas sans l'autre ? Tout d'abord, y a-t-il une ou des pénuries, le débat n'est pas tranché...

Jacques de Toeuf : La pléthore existe toujours d'une certaine manière mais il y a des métiers qui sont en pénurie pour deux raisons : d'une part, les urgentistes. C'est une spécialité nouvellement créée donc il n'y en a pas assez. Des médecins aigus, il y en a plus car on a converti 300 BMA en acutistes. Ça a un peu rempli les cadres. Restent les gériatries, les pédopsychiatres. En gériatrie, la spécialité n'a pas anticipé le basculement de la population hospitalière vers la gériatrie. De plus, il y a 20 ans, quand on a créé la spécialité de gériatrie, on n'a pas voulu en faire une spécialité extra-muros. A la limite, comme c'étaient des internistes gériatres, on s'est dit qu'ils ne feraient pas de consultation en plus. Puis, on ne les a pas payés suffisamment. La deuxième cause de pénurie concerne la médecine générale. Il s'agit soit d'une cause géographique, soit ils sont débordés en travail de nuit. Pas en travail de jour puisque les médecines de groupe, dans le Luxembourg ou dans l'Est par exemple, considèrent qu'il n'y a pas assez de malades. Il y a pénurie au niveau des gardes même s'il faut souligner le travail commun avec le Cartel et les efforts du Fag. Au bout du compte, Onkelinx les a entendus et il y a consensus. Nous avons 10.000 MG actifs pour 11 millions d'habitants, cela fait 1 médecin pour 1.100 habitants. En Hollande, c'est 1 pour 3.000. Ce n'est pas insurmontable. Si on n'en produit plus, il faut rendre leur métier plus attractif.

Jonathan Brauner : C'est quand même une ineptie de planifier l'offre sans la connaître. Il y a des zones en très forte pénurie. Mais pour la médecine spécialisée, c'est un peu regrettable que 17 ans après la planification, on n'a toujours pas de cadastre des médecins spécialistes. Il faut des données pour améliorer le système. Il n'y a pas une semaine sans qu'une institution de soins crie à la pénurie de l'une ou l'autre spécialité. Il faut l'objectiver et pour cela il faut des chiffres. Donc il faut un cadastre. Seul problème : le cadastre, c'est une photographie. Il nous faudrait un continuum. Ce qui peut rapidement biaiser un cadastre c'est la libre installation des médecins européens. Il faut également pointer l'exode des spécialistes en-dehors des hôpitaux. Je pense à la dermatologie et l'ophtalmologie. Où il y a un taxi qui attend le patient à l'hôpital pour l'emmener au cabinet de l'ophtalmologue. Je pense que par rapport à cela, il faut identifier l'offre hospitalière et extra-hospitalière.

J.d.T. : Maintenant, cela pose la question suivante : est-ce que l'hôpital doit tout faire ? Faut-il que chaque hôpital ait un énorme plateau de consultation dont le coût d'exploitation est liée au mètre carré (c'est la loi)? Faut-il vraiment un service de dermatologie dans tous les hôpitaux du pays ? Il faut plutôt appeler un spécialiste et le rémunérer convenablement lorsqu'il vient voir un malade. Pourquoi faut-il un ophtalmo dans chaque hôpital ? On peut en utiliser en extra-muros et leur imposer par exemple une mission sanitaire de service public. Un hôpital, cela coûte une fortune à exploiter. Il faut dégraisser l'hôpital de toutes les fonctions qui ne sont pas indispensables au patient. Il y a des tas de lois de ce type à modifier. Il faut arrêter d'avoir un labo dans chaque hôpital

D'où l'importance de la médecine extra-hospitalière ?

J.d.T. : Bien sûr. Elle a une plasticité que n'a pas la médecine hospitalière comme par exemple d'avoir une secrétaire après 17 heures. Pour des spécialités purement extra-muros, cela coûte 50% de moins ! Si on veut des consultations au tarifs sociaux en hôpital, cela ne doit pas coûter plus cher qu'à l'extérieur. Cela implique de modifier la " cascade des frais ", ce que les initiés comprennent très bien. Si on avait uniquement une imputation des frais directs, on ne serait pas dans cette situation. C'est tout aussi évident pour les pédiatres. S'ils travaillent en hôpital, ils doivent participer à la garde. Si vous avez trois pédiatres, une garde tous les trois jours, rappelables toutes les nuits, cela ne va pas. Et il y le risque de procès : on vous présente un enfant de 4-5 ans qui a 39 de fièvre. Vous le renvoyez chez lui et quatre heures après il se repointe parce qu'il convulse, tu es bien dans l'embarras ! Tous les 15 ans, on risque un procès. Donc, ces médecins en ont marre. C'est la vérité. Cela mérite deux ans de réflexion. Donc, évitons de les remettre dans l'hôpital de force. Il faut des conditions de vie et de rémunération convenable.

J.B. : On est d'accord que le patient ne peut pas atterrir par défaut à l'hôpital. Néanmoins, en extra-hospitalier, il faut une définition des rôles et des tâches. En collaboration avec la médecine générale. On y reviendra.

Partie VI : Lisser les rémunérations, ne pas tirer sur la nomenclature

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