Partie IV : Respecter le temps de travail des stagiaires
La législation européenne a créé un cadre hebdomadaire pour les stagiaires, ce qui est une bonne chose mais le référent peut toujours faire pression sur le stagiaire. La main d'oeuvre corvéable l'est moins qu'avant mais ce n'est pas encore Byzance.
A côté de la qualité de la formation, il y a le respect du temps de travail qui a fait grand bruit les années passées : des stagiaires disaient mettre en danger les patients en raison de surmenage. Jonathan Brauner, il n'y a pas si longtemps vous étiez concerné au premier chef, c'est une sujet qui vous tient coeur... La main d'oeuvre corvéable, c'est toujours d'actualité ?
Jonathan Brauner : La main d'oeuvre corvéable, cela existe toujours en dépit d'améliorations. Le nombre d'heures est toujours encodé auprès d'un référent qui peut mettre le stagiaire sous pression. Avec le système actuel de non-dépassement de 72 heures, il y a même des logiciels qui empêchent ne pas aller au-delà. Mais ailleurs, il faut des contrôles spontanés. Ce qui est intéressant, ce sont les récupérations des heures de garde, jamais d'application en réalité en dépit de arrêts Colla. Et Dieu seul sait l'impact des heures de sommeil perdues sur la possibilité d'erreurs médicales lors de soins prodigués le lendemain d'une garde. Ce qui nous amène au concept de qualité de vie avec un nombre d'heures raisonnable. Donc l'opting-out (NDLR : par lequel le stagiaire accepte de travailler 12 heures supplémentaires pour faire tourner le service moyennant récupération) a été mis en place pour faire la transition entre l'ancien et le nouveau système. Il devrait donc, je le répète, disparaître. Pour laisser les 48 heures. Tout cela va dans le bon sens.
J.d.T. : Il y a vingt ans, le représentant étudiant était Dirk Ramaekers, devenu entre-temps conseiller au cabinet Vandenbroucke puis au cabinet Demotte, enfin passé aux Mutualités chrétiennes... Mais bien sûr c'est scandaleux de faire boulonner les gens... C'est dommage qu'il ait fallu en passer par une législation européenne mais cela fait du bien. C'est un texte de référence. Ceci dit, l'Europe va revoir la libre-circulation des camionneurs avant la libre-circulation des médecins. Mais il y a aussi le problème des rémunérations qui sont très basses. Bien sûr, ils ne paient pas toutes les cotisations sociales ce qui d'ailleurs est problématique car ils ne bénéficient pas des fameux 42 ans de carrière. On ne tient pas compte de leur demi-cotisation... C'est un peu scandaleux même si à 25 ans on ne pense guère à sa pension. Il est clair qu'ils ne sont pas assez payés...
Combien sont-ils payés ?
J.d.T. : En 2010, à la commission paritaire médecin-hôpitaux, on l'a recalculé. On en était à 15 euros de l'heure. Le coût moyen de l'infirmière c'est 58.000 euros par an. Avec une sécu complète. 15 euros, c'est dérisoire. Pour les nuits, nous nous sommes bagarrés pour avoir 25% de plus. Mais les hôpitaux universitaires ont bloqué. La CHAB [Conférence des hôpitaux académiques de Belgique] a dit non, on ne va pas pouvoir payer cela. Mais ne devenons pas des intégristes de la chose : il y a aussi des gars qui partent à 17 heures juste au moment où il se passe quelque chose ! Mais ils ont été tellement abusés qu'il y a un sentiment d'injustice. Il me semble que 48 heures par semaine, c'est bien suffisant.
Il faut tout de même des heures pour apprendre le métier de médecin, non ?
J.B. : Oui, c'est vrai, il en faut. Si on regarde l' arrêté Colla c'était 48 heures sans garde. Nous en sommes à 48 heures avec garde plus la possibilité d'un opting-out...
J.d.T. : Je voudrais vraiment qu'on parle de cela car la possibilité d'un opting-out, il ne faut pas l'utiliser pour les gardes mais justement lorsque quelque chose se passe à cinq heures de l'après-midi. Il ne faut pas dire que ce sont des gardes.
J.B. : On est d'accord pour cette transition mais lorsque nous avons parlé aux gestionnaires hospitaliers des quatre heures de formation incluses, ceux-ci voulaient les inclure dans l'opting-out. Et là nous sommes revenus à l'attaque, disant : OK, vous nous considérez comme des employés, comme des apprentis-médecins en formation. Et vous devez payer des cotisations complètes. Du coup, les quatre heures ont été mises dans les 48 heures. Au-delà, se pose la question des cotisations sociales réduites avec le statut de conventionnement partiel, nous revendiquons au niveau du Cartel de doubler le statut social pour les médecins en formation pour compenser cette perte-là.
J.d.T. : Quel dommage que vous n'ayez pas suivi lorsque nous avons attaqué les arrêtés de pension. De même vous êtes restés au balcon au sujet des médecins des prisons et des collèges. Alors on passe toujours pour les vilains cocos qui sont fâchés qui s'opposent à tout, non ! Quand on découvre les choses trop tard, il n'y a plus qu'à aller au conseil d'Etat mais lorsqu'on arrive à temps, on galope chez les ministres ! On a été voir Mme Turtleboom quant aux médecins des prisons. On fait des démarches tous azimuts. Parfois on arrive à nos fins, parfois pas. Il n'y aucun champ de la médecine qui ne nous occupe pas l'esprit, en réalité ! Il faut élargir le scope. On pourrait faire des recours ensemble plutôt que dire : " On va réfléchir ". Si on n'est pas contents tous les deux, faisons-le savoir.