Mondial 2014 : les marques d'alcool gagnent contre la santé publique

" Peu importe le pays qui soulèvera le trophée de la Coupe du monde le 13 juillet, le vrai vainqueur sera l'industrie de l'alcool, " prédit le journaliste indépendant britannique Jonathan Gornall, dans les colonnes du British Medical Journal.
Le ton de l'article est ainsi donné dès le départ. Pour son auteur, toutes les tentatives pour lutter contre l'abus d'alcool sont en effet sapées par les liens qu'entretient le football avec les grandes marques de spiritueux. Et, selon lui, c'est d'autant plus dramatique que le Mondial est un événement extrêmement suivi à travers le monde. Des millions de jeunes vont donc être exposés au marketing puissant et agressif des marques d'alcool.
Pour mettre en lumière les liens qui unissent alcool et football, Jonathan Gornall commence par évoquer la situation dans son pays, critiquant le retournement de veste des autorités britanniques, qui se sont laissées convaincre d'ouvrir les pubs plus longtemps pendant la Coupe du monde. Au Royaume-Uni, seulement deux des 20 clubs de première ligue ne sont pas sponsorisés par l'industrie de l'alcool.
Mais cela n'est rien comparativement au lobbying de cette industrie à l'échelle mondiale. Selon l'auteur de l'article, " la Fédération internationale de football (FIFA) possède un long passif consistant à soutenir les intérêts financiers de ses partenaires, notamment Budweiser, le sponsor officiel du tournoi pour la bière, tout en imposant des conditions extrêmes aux gouvernements à travers le monde. "
Il précise l'une de ces conditions, probablement la plus controversée : le pays d'accueil doit renoncer à l'impôt sur les bénéfices réalisés par les partenaires commerciaux de la FIFA pendant l'événement. Selon l'organisme de lutte contre la pauvreté InspirAction, le manque à gagner s'élèvera à environ 386 millions d'euros pour le Brésil, pourtant en proie à la pauvreté, tandis que les sponsors du Mondial repartiront avec les poches bien remplies.
Autre comportement décrié : après une forte pression exercée sur pression sur l'État brésilien, l'instance mondiale du football a obtenu l'autorisation de vendre de l'alcool dans les stades afin de satisfaire le partenaire officiel Anheuser-Busch, fabricant de la bière Budweiser. Au Brésil, depuis 2003, une loi interdisait cette vente afin d'endiguer la violence dans les enceintes sportives.
" C'est un scandale sanitaire, politique et en matière de sécurité ", a déclaré Raphael Gassmann, directeur d'une association allemande de prévention des drogues, lors d'une conférence de presse à Berlin.
Pour illustrer le pouvoir de la FIFA, Jonathan Gornall cite encore le Qatar. Même ce pays musulman strict, où la législation sur l'alcool est très sévère, a déjà autorisé la vente de boissons alcoolisées dans les endroits où les supporters se trouveront en 2022.
Conclusion du journaliste britannique : " la grande perdante est la santé publique. "
(référence : BMJ, 11 juin 2014, DOI : 10.1136/bmj.g3772)