Paludisme : des moustiques génétiquement modifiés pour exterminer les femelles

Des biologistes britanniques, italiens et suisses ont réussi à modifier génétiquement des moustiques de l'espèce Anopheles gambiae, vecteur principal de transmission du paludisme. Leur objectif ? Modifier le sex-ratio des moustiques en rendant leur descendance majoritairement mâle afin d'éradiquer la maladie car c'est le moustique femelle qui transmet le paludisme à l'homme par sa piqûre.
Les chercheurs ont eu l'idée d'introduire chez le moustique anophèle, un gène de myxomycose, une endonucléase hôte appelée I-PpoI. Issu du lichen, ce gène code pour une enzyme de synthèse capable de s'attacher au chromosome X du moustique lors du processus de fabrication de sperme et de couper un fragment de l'ADN de ce chromosome de façon à l'endommager. Résultat ? La progéniture de ces moustiques s'est révélée être à 95% masculine.
Lors d'expériences en cage, les auteurs de ce travail ont aussi découvert que les moustiques génétiquement modifiés s'associent à leurs congénères sauvages, en créant des moustiques fertiles qui par la suite produisent des progénitures à prédominance masculine, transmettant ainsi le gêne. Autre constat : dès la première génération issue de ces moustiques modifiés, le nombre de femelles pouvant transmettre le paludisme chute à moins de 10% et, au bout de six générations, il ne reste plus que des mâles.
La technique a donc montré son efficacité en laboratoire. Mais il ne sera pas facile de convaincre l'opinion publique du bien fondé d'une stratégie consistant à libérer dans l'environnement une espèce génétiquement modifiée.
(référence : Nature Communications, 10 juin 2014, doi:10.1038/ncomms4977)