L'écrevisse, un bon modèle pour mieux comprendre l'anxiété
Des chercheurs français ont réussi pour la première fois à observer et à reproduire les effets de l'anxiété chez un invertébré, l'écrevisse, pourtant guère réputée pour sa finesse d'esprit.
Pascal Fossat, l'auteur principal, et ses collègues ont d'abord fait subir à certains de ces crustacés une série de chocs électriques extrêmement brefs sur une période de 30 minutes avant de les placer dans un labyrinthe aquatique. Ils ont alors observé que les écrevisses rendues anxieuses ont tendance à rechercher spontanément les zones sombres de leur nouvel environnement pour s'y réfugier et minimiser les risques de rencontrer un éventuel agresseur tandis que leurs congénères n'ayant pas subi cette expérience traumatisante explorent quant à elles l'intégralité du lieu, même les zones les plus lumineuses.
Le comportement des écrevisses anxieuses est une réponse adaptative au stress subi. Leur état émotionnel s'estompe au bout d'une heure et demie environ.
Les scientifiques ont aussi montré qu'en injectant un anxiolytique d'usage courant chez l'humain, la benzodiazépine, le comportement d'évitement de l'écrevisse est aboli. Ceci montre à quel point les mécanismes neuronaux permettant d'établir ou d'inhiber le comportement anxieux sont apparus tôt dans l'évolution et se sont bien conservés au cours du temps.
Ces travaux offrent aux chercheurs qui étudient le stress et l'anxiété, un modèle animal unique. Dotée d'un système nerveux simple, l'écrevisse pourrait permettre de mieux comprendre les mécanismes neuronaux en oeuvre dans un contexte stressant, ainsi que le rôle de neurotransmetteurs tels que la sérotonine ou le GABA.
(référence : Science, 13 juin 2014, DOI: 10.1126/science.1248811)