Etiologie de la polyarthrite rhumatoïde : la vitamine D joue-t-elle un rôle ?

On prête aujourd'hui à la vitamine D de nombreux effets extra-osseux. C'est au point qu'en la prescrivant, on ne s'attache plus seulement à favoriser la croissance, mais on cherche aussi à éviter des maladies connexes de l'enfance et de l'âge adulte (maladies auto-immunes ou de l'appareil cardiovasculaire, problèmes de fertilité, processus tumoraux, diabète de type 1, etc.).
Cette étude est intéressante à deux titres : d'une part, elle met en jeu la vitamine D dont on ne sait pas si elle est la cause ou la conséquence d'une série de maladies variées dont les maladies rhumatismales et d'autre part, elle augmente nos connaissances sur l'étiologie encore méconnue de la polyarthrite rhumatoïde.
Une corrélation inverse avec la maladie
L'objectif de cette étude1 était d'identifier une association entre un taux sérique de 25-hydroxy vitamine D (25-OHD) et l'activité de la polyarthrite rhumatoïde (PR), des cytokines inflammatoires et des érosions ou pertes osseuses chez 130 patients appariés à 80 sujets contrôles sains. Le taux sérique de 25-OHD est significativement plus bas dans le groupe de malades que dans le groupe contrôle (43,12 nmol/l versus 57,93 nmol/l, p < 0,01) avec une association négative avec les paramètres cliniques témoins de l'activité de la maladie, le nombre d'articulations douloureuses, gonflées, la sévérité des douleurs, la raideur matinale, le score HAQ et des paramètres de laboratoire (plaquettes, vitesse de sédimentation), le tout après ajustement pour l'âge, le sexe et le BMI. On observe aussi une association négative avec les taux sériques d'IL-17 et IL-23. Par contre, les taux de vitamine D ne sont pas associés à des érosions osseuses radiographiques dans le groupe de patients avec une PR. Les taux sont aussi significativement abaissés chez les patients avec une ostéopénie et une ostéoporose comparés à ceux qui ont une densité minérale osseuse normale. Ces données sont à mettre en perspective avec une autre étude qui montre dans une cohorte de 894 patients (73% ave une PR érosive, FR +, anti-CCP +), 40% de taux normaux, 56% d'insuffisance (10-29,9 ng/ml) et 3,5% de carence (<10 ng/ml). En analyse univariée, on identifie une corrélation inverse entre les taux de vitamine D et l'activité de la maladie définie par le DAS28-CRP (p = 0,02), le SDAI (p = 0,05) et le CDAI (p = 0,05).
Pas de certitude
Ces données n'apportent pas d'arguments pour penser qu'une déficience en vitamine D peut jouer un rôle dans l'étiopathogenèse de la PR. Les taux normaux de vitamine D observés chez près de 40% des patients dans la cohorte de 894 patients, viennent peut-être du fait que les patients avec une PR bénéficient souvent de suppléments en vitamine D. Un autre cavea vient des seuils en vitamine D choisis pour classer les patients. En début d'année, l'équipe du Pr Autier à Lyon avait déjà attiré l'attention sur l'absence d'arguments scientifiques pour décider d'une insuffisance ou d'une carence...