Rhumatisme palindromique: comment prédire l'évolution vers une polyarthrite ?
Le rhumatisme palindromique évolue fréquemment vers une polyarthrite rhumatoïde ou une spondylarthrite ankylosante. Des paramètres cliniques (localisation d'arthrites) ou biologiques comme le facteur rhumatoïde ou des anti-CCP présents au diagnostic peuvent-ils prédire cette évolution péjorative ?
Le rhumatisme palindromique (RP) se caractérise par des épisodes d'arthrites ou de périarthrites sans anomalies radiographiques, avec rémission complète dans l'intervalle des crises. Les articulations les plus souvent touchées sont les articulations métacarpophalangiennes, les poignets, genoux, épaules, chevilles, pieds, et coudes. Le diagnostic est difficile au début de son évolution, en raison de l'absence de signes cliniques spécifiques, de l'instabilité des signes biologiques et du délai d'apparition des érosions articulaires radiologiques. Il évolue fréquemment vers une connectivite, une spondylarthrite ankylosante ou une polyarthrite rhumatoïde (PR), notamment chez les patients qui ont un facteur rhumatoïde positif et des anticorps anti-peptides cycliques citrullinés (anti-CCP). Dispose-t-on aujourd'hui de facteurs prédictifs d'une progression vers une PR ?
Les anti-CCP sont prédictifs
Cette étude1 avait pour objectif d'identifier des déterminants biologiques d'évolution d'un RP vers une PR.
Le facteur rhumatoïde et les anticorps anti-CCP sont mesurés à l'inclusion et pendant 1 an chez 90 patients avec un RP nouvellement diagnostiqué et 40 patients avec une PR. A l'inclusion, le facteur rhumatoïde est positif chez 33,3% des patients du groupe RP et 64,3% des patients avec PR. Les anticorps anti-CCP sont positifs chez 38,9% des patients avec RP versus 82,9% des patients avec une PR. Dans le groupe avec RP, on observe une corrélation positive d'une part entre le facteur rhumatoïde et les taux de C-reactive protein (p = 0,036) et d'autre part entre les anti-CCP, la durée de la maladie (p =0,015) et le taux de CRP (p < 0,001). A 1 an, 27,5% des patients ont progressé vers une PR, 3,3% ont développé un lupus systémique, 47% ont répondu à l'hydroxychloroquine avec une rémission complète, 5 cas ont développé d'autres maladies rhumatismales et 14 cas ont progressé vers une arthrite non différenciée. Après ajustement des variables, les anticorps anti-CCP sont sur le plan biologique les seuls éléments prédictifs de progression vers la PR dans l'année (p = 0,02) auxquels il faut ajouter un déterminant clinique qui est l'arthrite lorsqu'elle est localisée à la main (p<0,001).