Polyarthrite rhumatoïde: un médicament est efficace s'il est pris ...
La phrase peut paraître triviale mais elle prend tout son sens quand on sait que 1 patient sur 3 atteints de polyarthrite rhumatoïde ne suit pas sa prescription. Ce qui le classe faussement dans la catégorie des mauvais répondeurs candidats aux agents biologiques. L'impact est double: dans un sens, la maladie est plus vite prise en charge et mieux traitée, dans l'autre sens c'est un risque injustifié d'encourir des effets secondaires et un gaspillage de deniers publics.
Dans toute affection chronique, la compliance est fonction de la résolution des symptômes, des effets secondaires, de la durée de la maladie et des éventuelles comorbidités associées. Dans la polyarthrite rhumatoïde (PR), on pouvait s'attendre à une très bonne compliance au méthotrexate (MTX) au vu des symptômes et de la gravité de la maladie. Aussi par le fait que le traitement est très efficace dans la plupart des cas et retarde l'introduction des biologiques. Et pourtant nous nous faisons des illusions...
Un patient sur 2 est compliant
Dans cette étude1, près de 4.000 dossiers de patients ont été analysés dont 61% avait un diagnostic confirmé de PR d'une durée supérieure à 3 mois. Un collectif de 500 patients (18-44 ans, 45% avec comorbidités et 22% avec un "Modified Health Assesment Questionnaire Score" < 0,3) a été sélectionné dont la moitié traité depuis plus d'un an en monothérapie et l'autre moitié en association de DMARDs. On note que 42% des patients indiquent qu'ils n'ont pas respecté leur prescription de MTX sur les 4 dernières semaines ; 24% estiment qu'ils n'ont pas à le prendre puisqu'ils se sentent bien, 24% se sentent inquiets sur la sécurité à long terme du produit. La compliance est encore moins bonne lorsque les patients sont traités en association plutôt qu'en monothérapie (p < 0,05). Un patient sur deux modifie à la baisse les doses prescrites, ou simplement oublie de prendre son médicament. Plus précisément, une faible compliance s'observe plutôt chez les patients jeunes, de sexe masculin et sous MTX depuis peu de temps. Une bonne compliance s'observe chez les patients qui prennent plus de 2 médicaments (HR=0,46, CI95% 0,25-0,85). En Allemagne, pays où l'on pouvait s'attendre à plus de rigueur, le résultat n'est guère plus brillant2 avec à peine 36,3% des patients sous MTX qui sont compliants à plus de 80% sur base du "Compliance Questionnaire Rheumatology". La compliance est meilleure chez le patient âgé (p=0,017) et le patient sous haute dose de MTX (p=0,006).
Mieux communiquer avec le patient
Pour les auteurs, il fallait s'attendre à une compliance moyenne comme dans toute affection chronique. La raison la plus souvent évoquée est l'oubli mais les effets secondaires sont aussi à prendre en compte. De façon générale, près de 30% des patients sous MTX en souffrent au point qu'ils sont cités comme la première cause d'arrêt de traitement. Une meilleure compréhension de la maladie et des raisons pour lesquelles le patient arrête son traitement et une meilleure communication avec le malade peut améliorer la situation, avec en filigrane l'idée de ne pas enchaîner trop vite avec des agents biologiques chez des patients classés à tort comme non répondeurs.