Antidépresseurs : comment alerter sans faire peur ?
En matière d'antidépresseurs, une alerte peut rapidement prendre des proportions contre-productives. En 2003, l'Agence américaine de sécurité des médicaments, la FDA, avait lancé une mise en garde sur le risque suicidaire de certains antidépresseurs chez les enfants et adolescents. Les notices de ces traitements ont été modifiées pour mentionner ce risque qui a par ailleurs été extrêmement médiatisé à l'époque.
Des experts de la Harvard Medical School ont analysé les conséquences de cette alerte de pharmacovigilance auprès de 2.5 millions d'adolescents et de jeunes adultes entre 2000 et 2010. Comme on pouvait s'y attendre, les prescriptions d'antidépresseurs chez les jeunes ont fortement diminué : -31% en un an chez les adolescents, -24% chez les jeunes adultes et -14% chez les adultes. Par contre, et c'est inattendu, durant la deuxième année suivant la médiatisation, la baisse des prescriptions a provoqué une forte hausse des tentatives de suicide par ingestion de médicaments psychotropes chez les ados (+22%) et chez les jeunes adultes (+34%).
Pour les auteurs de l'étude, la responsabilité des médias et des autorités sanitaires est importante puisqu'ils se sont concentrés sur un risque relativement faible - les idées suicidaires ne concerneraient qu'environ 1% des patients traités - par rapport au bénéfice de ces antidépresseurs qui sauvent quotidiennement des vies. Selon eux, il convient surtout de mieux communiquer sur les risques qu'il y a à les prendre ou à ne pas les prendre.
(référence : British Medical Journal, 18 juin 2014, doi : 10.1136/bmj.g3596)