Chirurgie bariatrique, diabète et hypoglycémies
La chirurgie bariatrique a constitué une sorte de révolution dans la prise en charge de l'obésité et, dans un deuxième temps, du diabète de type 2. A tel point que certains ont considéré que l'on avait enfin trouvé LE traitement durable de cette affection devenue endémique dans les pays occidentaux. Pas entièrement faux, mais pas forcément non plus tout à fait vrai.
En effet, au fil du temps, il a bien fallu se rendre compte que les indiscutables bénéfices immédiats ou à court terme sur le poids et sur les anomalies métaboliques n'étaient pas forcément pérennes et, en tout cas, ne dispensaient pas des classiques recommandations hygiéno-diététiques.
Avec un peu plus de recul, on s'est également rendu compte que les bénéfices n'étaient pas forcément exempts d'effets secondaires qui n'étaient pas forcément prévus.
Ainsi, à San Francisco, une équipe suédoise a rapporté l'existence de nombreux épisodes hypoglycémiques chez les sujets traités par deux techniques de chirurgie bariatrique.
L'étude a enrôlé 45 sujets :
• 15 sujets traités par pontage gastrique par anastomose de Roux en Y,
• 15 sujets traités par déviation bilio-pancréatique avec switch duodénal
• 15 sujets obèses non diabétiques appariés sur l'IMC qui ont servi de contrôle.
A distance d'environ deux ans de l'intervention, l'ensemble des sujets a été appareillé pendant 72 heures pour établir le profil glycémique grâce au suivi des concentrations sanguines glycémiques et repérer les épisodes glycémiques.
Avec la déviation bilio-pancréatique avec switch duodénal il y a très peu de variabilité glycémique, les fluctuations ont même une amplitude qui est moindre que chez les sujets contrôle. En revanche, les fluctuations sont nettement plus importantes chez les sujets avec pontage classique.
Globalement, les deux techniques opératoires s'assortissent d'un temps passé en hypoglycémie qui est significativement important et qui est plus marqué chez les sujets traités par déviation bilio-pancréatique avec switch duodénal. Le tableau 1 montre que cela vaut tant pour les hypoglycémies modérées (< 60 mg/dl) que pour les hypoglycémies plus sévères (< 50 mg/dl).
Temps/24 h
< 60 mg/dl
Temps/24 h
< 50 mg/dl
Hypoglycémies symptomatiques
Pontage gastrique par anastomose de Roux en Y
42 ± 15 min
2,9% des 24 h
21 ± 11 min
1,5% des 24 h
22%
Déviation bilio-pancréatique avec switch duodénal
85 ± 45 min
5,9% des 24 h
39 ± 32 min
2,7% des 24 h
20%
Contrôles
0
0
0
Le fait que ces épisodes étaient asymptomatiques dans environ 80% des cas, peut être considéré comme une bonne nouvelle par les optimistes, mais à l'inverse peut aussi être considéré comme un signal à prendre en compte par ceux qui considèrent que même silencieuses les hypoglycémies ont un impact délétère sur le pronostic. Un problème sur lequel les experts n'ont pas encore définitivement tranché.
Plus de détails sur l'impact cardiovasculaire des hypoglycémies ici.