Faut-il des contraintes à l'installation plutôt que des incitants ?
La mauvaise répartition régionale des MG en France pose la question de la régulation de l'installation territoriale des médecins de famille. Un problème parlant en Wallonie également. Incitant ou coercition, les réalités de terrain comme l'isolement, l'existence de lieu de loisirs, de supermarchés ou de services publics ne sont pas à négliger pour décider les médecins de leur installation. Il semble en tout cas que les incitants aient un impact limité.
Chez nos voisins français, le problème n'est pas le nombre de médecins traitants par habitant qui est suffisant mais leur mauvaise répartition territoriale.
Les primes à l'installation (comme il en existe chez nous également) sont-elles la solution ou faut-il, parallèlement, mettre en place des contraintes à l'installation ?
L'incitation a en tout cas des résultats limités si l'on en croit le Pr Anne-Laure Samson, maître de conférence à l'université Paris-Dauphine, qui s'exprimait lors des Rencontres du droit et de l'économie de la santé organisées le 1er juillet avec la chaire santé de Sciences-Po, et l'université Paris-Descartes.
Ses propos sont rapportés par le Quotidien du médecin.
Ainsi, la France a mis en place " l'avenant 20 ", une majoration des honoraires de 20% pour les médecins qui s'installent en groupe en zone de pénurie.
Il existe également depuis deux ans les " contrats d'engagement de service public " (CESP) qui offrent des bourses aux étudiants en médecine en échange d'une installation ultérieure en zone déficitaire. Existe aussi le " praticien territorial de médecine générale " (PTMG). Lancé l'an dernier, il ne concerne pour le moment que 200 médecins. Il garantit un salaire mensuel minimum net de 3 640 euros aux médecins de famille qui s'installent dans un territoire à faible de taux de médecins, explique le Quotidien du médecin.
Ces mesures assez récentes seront-elles efficaces ? Après avoir étudié les comportements de 8.000 MG conventionnés inscrits dans la base de donnée de la CNAM (caisse nationale d'assurance maladie), le Pr Samson a pu observer que " les médecins changent de région pour s'installer dans celles ou le revenu est élevé, mais également dans celles ou le nombre d'heures d'ensoleillement est important ".
Face à de tels arguments, le Pr Samson conclut que les incitations financières devraient être d'un montant particulièrement élevé... Elle se demande donc s'il ne faudrait pas passer à un système qui contraigne la liberté d'installation des médecins voire d'évoluer vers une modulation régionale plus forte du numerus clausus.
Le Quotidien du médecin regrette pour sa part que l'universitaire n'ait pas pris en compte les réalités de terrain comme l'isolement, la qualité de l'organisation de la permanence des soins ou la présence de services publics et d'établissements de soins, " pourtant tout aussi déterminantes dans le choix du lieu d'installation ".
Nous ajouterions que la présence de commerces ouverts tard, de complexes cinématographiques, d'infrastructure de loisirs n'est pas non plus négligeable.
Dans son appel vibrant aux jeunes MG, le bourgmestre de Martelange, Daniel Waty, qui est en recherche de trois médecins généralistes pour sa commune, ne dit pas autre chose (lire Jdm de ce vendredi). En substance, pointe-t-il, la province n'est pas forcément un trou perdu.