Lésions aux ischio-jambiers : les injections de PRP n'apportent pas de bénéfice
Les injections de concentrés plaquettaires (PRP ou platelet-rich plasma) dans les lésions des ischio-jambiers n'améliorent pas la récupération, pas plus qu'elles ne réduisent le taux de nouvelles lésions. C'est un coup de frein pour une technique qui est largement répandue en traumatologie du sport depuis une dizaine d'années, comme alternative à la chirurgie ou comme adjuvant chirurgical.
Le PRP est utilisé depuis longtemps en chirurgie maxillo-faciale en postopératoire, notamment pour la consolidation mandibulaire, ainsi qu'en orthopédie en réparation de la coiffe des rotateurs, ou encore pour le traitement des tendinoses chroniques comme les épicondylites latérale et médiale, le Jumper's knee ou la fasciite plantaire. Dans les lésions des ischio-jambiers, fréquentes chez le sportif, en particulier dans le football et le rugby (12 à 23% des traumatismes), on manquait jusqu'à présent de données sérieuses pour conclure formellement au bénéfice de cette intervention. Une nouvelle étude a été présentée à la dernière réunion de l'"European Society of Sports Traumatology, Knee Surgery and Arthroscopy" à Amsterdam, et ses résultats jugés suffisamment importants pour être récompensée par un Award.
Pas de bénéfice significatif
L'étude1 multicentrique, en double aveugle, a inclus 80 athlètes présentant des lésions aux ischio-jambiers confirmées par IRM, randomisés pour recevoir des injections de concentrés plaquettaires ou de solution saline. Deux injections ont été pratiquées, l'une 5 jours après le traumatisme et l'autre 5 à 7 jours après la première injection. L'efficacité a été mesurée par le délai de retour aux activités sportives sur une période de suivi de 6 mois. Le critère secondaire est le taux de nouvelles lésions dans les deux mois qui suivent le retour aux activités sportives. Les résultats montrent que dans les deux groupes, le délai médian de retour aux activités sportives est de 42 jours avec un taux de 16% de nouvelles lésions dans le groupe sous traitement versus 14% dans le groupe placebo (non significatif).
Mais des artefact sont possibles....
Pour le Dr Gustaf Reurink (Rotterdam), cette étude démontre que le PRP tel qu'il a été utilisé, n'apporte pas de bénéfice dans cette indication. Mais avant d'écarter définitivement cette option, il faut peut-être revoir la méthodologie. Une des questions posées est de savoir comment standardiser les concentrés plaquettaires variables dans leur composition, en termes de concentration en facteurs de croissance, en fibrinogène, en plaquettes, leucocytes ou granulocytes. L'autre question concerne le protocole thérapeutique variable d'une étude à l'autre et qui devrait aussi être standardisé quant à l'utilisation ou non d'un anesthésique local, au nombre d'injections (1 à 3), au délai entre chaque injection et au délai par rapport aux lésions initiales.