Fracture du calcanéum : pas de bénéfice de la chirurgie

Traitement chirurgical ou conservateur sur fracture du calcanéum ? La question taraude depuis plusieurs décennies. Aujourd'hui, cette étude britannique randomisée conclut à l'absence de bénéfice du traitement chirurgical comparé à un traitement conservateur avec mise en décharge et kinésithérapie.
La fracture du calcanéum, fréquente chez les ardoisiers et les adeptes de parapente ou de sauts, est à la base d'un poly-traumatisme avec des fractures souvent multi-fragmentaires, intra-articulaires et situées dans le contexte d'un os présentant une anatomie tridimensionnelle. Elles constituent 60% des fractures du tarse, mais en dépit de leur fréquence élevée, le traitement fait encore aujourd'hui l'objet d'une littérature abondante et d'une réelle controverse. La chirurgie est systématiquement recommandée avec les meilleurs résultats obtenus dans des centres importants de traumatologie mais le traitement conservateur peut être préféré selon les cas.
Pas de bénéfice de la chirurgie
Cette nouvelle étude britannique1 a inclus 151 patients présentant une fracture déplacée du calcanéum, répartis en deux groupes pour être traités chirurgicalement par réduction et fixation par vis/plaques, puis kinésithérapie ou un traitement conservateur avec mise en décharge et kinésithérapie. L'originalité et l'intérêt de l'étude sont le nombre important de chirurgiens participants (27) et de centres différents (22). A 2 ans, le score de Kerr-Atkins pour la douleur et l'impotence fonctionnelle ne diffère pas significativement entre les deux groupes de patients (69,8 versus 65,7, CI 95% 7,1-7,0) pas plus que les critères secondaires (vitesse de la marche, qualité de vie, état général, ...). A noter que la largeur du talon, une raison fréquente d'indication de chirurgie, n'est pas significativement différente d'un groupe à l'autre. Par contre ce qui diffère est le taux de complications postopératoires et de ré-interventions dans le groupe opéré, le plus souvent pour un épisode infectieux ou douloureux (OR = 7,5, CI 95% 2-41,8).
La fin d'une controverse ?
Pour les auteurs, cette étude met définitivement fin à une controverse sur l'intérêt de la chirurgie versus le traitement conservateur, en ne montrant aucun avantage fonctionnel ou symptomatique à 2 ans chez les patients avec une fracture déplacée du calcanéum. Ils attirent l'attention sur le risque de complications postopératoires plus élevé après chirurgie.