Delbaere (VOKA) vs Jadot (UNMS) : le retour de la lutte des classes

Michel Jadot, le président de la Mutualité socialiste, répond au patron des patrons flamand Michel Delbaere qui dans Le Soir du week-end estime que le patronat défend davantage l'intérêt général que ne le font les mutualités et les syndicats.
Interviewé par Béatrice Delvaux et Bernard Demonty (Le Soir), Michel Delbaere a expliqué ce week-end que le communautarisme n'était pas l'obsession du patronat flamand du moment qu'il obtienne les réformes économiques nécessaires pour relever le pays. Le bilan Di Rupo ? En résumé : trop petit, trop lent. Di Rupo prétend avoir stabilisé l'économie mais " dans une clinique, quand le médecin vous dit que le patient est stabilisé, c'est qu'il n'est pas guéri ", ironise le patron du VOKA (Vlaams Netwerk van ondernemingen).
Celui qui aurait converti Bart De Wever au socio-économique explique ensuite que " les temps changent et les structures doivent changer aussi. Nous ne défendons pas des intérêts mais, simplement, l'intérêt général. " " Les mutuelles et les syndicats défendent des intérêts particuliers? ", demandent les deux journalistes. " Ils sont plus particuliers que les nôtres. "
Delbaere poursuit : " There is no alternative. Il faudra d'abord remettre le pays en ordre pour arriver à payer ce qui est nécessaire pour ceux qui n'arrivent pas à se mettre en ordre tout seuls. La lutte contre la pauvreté est une priorité, sinon on n'a pas l'assentiment de la société. Mais il y a une différence entre la pauvreté subie et entretenue: il y a des gens qui pourraient travailler et ne le font pas, contrairement à d'autres qui sont pauvres car handicapés par exemple. Cette dernière catégorie, il faut l'aider. "
Cette interview a apparemment fait bondir Michel Jadot, président de la Mutualité socialiste et porte-parole politique du deuxième organisme assureur du pays en attendant le retour de Jean-Pascal Labille.
" En tant que président des Mutualités socialistes, je n'ai pas l'intention de réagir dès maintenant aux rumeurs savamment répandues dans la presse concernant certaines mesures envisagées par la coalition suédoise. On en attend sans impatience la version finale. Par contre, ce qui me fait particulièrement sourire, c'est cette affirmation selon laquelle les organisations patronales défendraient l'intérêt général, contrairement aux syndicats et aux mutualités qui ne défendraient que des intérêts particuliers. "
Jadot rappelle ensuite au président du VOKA " que la MS représente à elle seule plus de 3 millions de membres - parmi lesquels des patrons - que son fonctionnement est réglé par la loi, avec des organes et des responsables démocratiquement élus. La mutualité a été mandatée pour participer à la gestion de l'assurance maladie et défend donc l'intérêt général de la population. Sa remise en cause par le patronat flamand constitue une atteinte irrémédiable à la concertation sociale. En perspective, c'est la fin des accords médico-mutualistes et des accords interprofessionnels. "
Jadot estime qu'il ne faut pas confondre l'intérêt général de la population avec l'intérêt de certaines catégories d'employeurs et de quelques privilégiés. " La mutualité, ce n'est pas le Rotary Club (...), c'est un organe profondément social dont l'unique finalité est d'offrir à chacun - tant patrons que travailleurs ou demandeurs d'emploi - la même chance d'être soigné en fonction de ses besoins et non de ses moyens. "
Bref, on est en pleine lutte des classes et bien loin du modèle rhénan...