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Un nouveau méfait du tabac

Le fait d'être fumeur augmente le risque de pneumonie communautaire, mais les dégâts ne s'arrêtent pas là. Pour les fumeurs qui développent une telle pneumonie, il y a risque de double peine.

Dr Jean-Claude Lemaire - 9 septembre 2014

Présenté en Late Breaking, un travail espagnol montre en effet que chez les fumeurs qui développent une pneumonie communautaire, le risque d'épanchement pleural est majoré de 34% (odd ratio 1,34 ; IC95% 1,01-1,81 ; p = 0,05) par rapport aux non fumeurs.

Ces résultats sont issus de la comparaison entre fumeurs (n = 958 soit 25% de la totalité des patients) et non-fumeurs (n = 2.821) et ont été obtenus après ajustement pour l'âge, le sexe, les comorbidités, la sévérité de la pneumonie et l'existence ou non d'une corticothérapie inhalée.

Il existe de plus une forte tendance à l'existence d'une présentation ou d'une évolution plus grave (emphysème ou survenue de complications) dans respectivement 50 cas sur 124 (42%) versus 90 cas sur 276 (33%). Cela est d'autant plus préoccupant qu'initialement, il y a proportionnellement moins de pneumonies sévères chez les fumeurs que chez les non-fumeurs, respectivement pour les stades I et II 42%, les stades III et IV 58% versus 21% et 79%.

La présence de complications explique la plus grande proportion de ponctions pleurales et de fibrinolyse documentée chez les fumeurs, respectivement 33% versus 22% (p = 0,04) et 19% versus 8% (p = 0,001).

Bien que ce travail soit monocentrique, il est riche de 3.779 cas de pneumonies communautaires colligés consécutivement de façon prospective, ce qui en fait un observatoire digne d'intérêt. L'analyse des caractéristiques des patients montre en particulier que la pneumonie frappe les fumeurs plus tôt que les non-fumeurs (âge moyen 55 versus 70 ans, p < 0,001) et que les fumeurs ont plus souvent une BPCO connue (26% versus 19%, p < 0,001).

Est-ce leur jeune âge, le fait que leurs pneumonies soient globalement moins graves initialement, ou tout simplement parce que la période d'observation est limitée, toujours est-il que pour la totalité des fumeurs, la mortalité à 30 jours n'est pas plus élevée que chez les non-fumeurs. C'est même l'inverse qui est documenté: un taux de mortalité de 3% chez les fumeurs versus 6% chez les non-fumeurs (les données de mortalité des sujets avec épanchement pleural n'ont pas été révélées).

Que cela ne vous empêche surtout pas de conseiller l'arrêt du tabac chaque fois que vous le pourrez!

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