Des internés croupiront encore dans les prisons belges
Les prisons belges hébergent actuellement 11.202 détenus (chiffres d'août 2014). A peu près 10% d'entre eux - 1.084 personnes - sont des " internés ". La prison n'est pas l'endroit idéal pour eux et ils nécessitent des soins médicaux appropriés. A côté de deux centres francophones, deux institutions flamandes vont voir le jour mais l'ensemble de l'offre ne résout qu'une partie du problème. Des internés (la moitié souffre de troubles de la personnalité) resteront en prison, exposant notre pays à la critique voire à des condamnations internationales.
Le Dr Rudy Verelst, psychiatre-coordinateur au SPF Justice, a déclaré samedi dernier à un symposium sur l'expertise psychiatrique organisé au sein de l'Académie royale de médecine de Belgique que la santé des détenus est nettement plus mauvaise que la moyenne de la population du pays. Les maux somatiques sont fantastiquement élevés. Par ailleurs, les cas de tuberculose sont 16 fois plus élevés. En matière de VIH, ils sont multipliés par 5 et par 7 en matière d'hépatite C. Idem en ce qui concerne les addictions : 7 fois plus d'incidence pour l'alcool et 54 fois plus pour l'héroïnomanie.
Le nombre de détenus souffrant de maux psychiatriques croît rapidement.
Sans parler des problèmes spécifiques pour lesquels notre pays est épinglé. En particulier le nombre important d'internés en prison : 1.084 dont 712 dans les prisons " flamandes " et 49 femmes. En moyenne, ils restent en prison pour une durée de 3 ans mais peuvent y croupir jusqu'à 10 à 12 ans dans 12% des cas. Or les troubles de la personnalité comptent pour 55% des maux dont souffrent ces internés.
La Belgique francophone dispose de l'Etablissement de défense sociale de Paifve et des Marronniers situés à Tournai. Dans ces établissements, les internés peuvent plus ou moins recevoir des soins ad hoc. En Flandre, aucune institution n'existe pour le moment. Deux centres sont prévus à Anvers et à Gand. Celui de Gand, qui sera géré par Sodexho, une entreprise dont le but lucratif a été diversement apprécié, est en voie d'achèvement.
Ces deux centres anversois et gantois pourront accueillir 526 internés sur 712.
Le compte n'y est donc pas, souligne le Dr Verelst. Une portion d'internés tant " néerlandophones " que " francophones " resteront en prison et notre pays pourra encore être condamné à l'International.
En tout état de cause, l'Académie royale de médecine, à l'issue de sa séance samedi dernier, a recommandé que les internés dépendent de la Santé publique et non plus de la Justice, ce qui mettraitt les malades internés et " libres " sur le même plan.