La mémoire du goût...
Il suffit d'évoquer la madeleine de Proust pour que l'on comprenne de quoi on parle... Or si psychologiquement le lien est simple, anatomiquement parlant, on n'en connaissait que peu de choses. Or, le goût fait partie probablement de la mémoire la plus ancienne du règne animal et pourtant, nous ne découvrons qu'aujourd'hui quels en sont les processus intimes...
Notre capacité d'associer un goût à une expérience positive ou négative est fondamentale pour notre survie comme pour celle de tout autre animal, de l'invertébré à l'homme. De nombreux efforts ont été faits pour comprendre les mécanismes cellulaires et moléculaires. Les auteurs estiment que si le rôle du cortex et de l'amygdale a souvent été mis en avant, celui de l'hippocampe reste plus mystérieux.
C'est pour cette raison qu'ils ont utilisé un modèle murin dans lequel le récepteur NMDA est bloqué au niveau de 3 zones CA1, CA3 et le gyrus dentelé. Pour mémoire, CA1 est responsable pour l'encodage de l'espace où nous nous trouvons, CA3 est capable de remplir les vides d'information et le gyrus dentelé contribue à établir des relations entre différents évènements. Une expérience peut donc être liée à un lieu et à un moment donné. Jusqu'à présent, les chercheurs ne pensaient pas que l'on puisse relier neuroanatomiquement le goût, le lieu et le moment où cela s'est passé. L'expérience menée par les chercheurs de Haiffa montre qu'un lien existe entre l'hippocampe et les autres structures cérébrales impliquées.
En d'autres termes, lorsque nous nous trouvons dans le lieu même où nous avons vécu une mauvaise expérience gustative, il est probable que nous la revivrons à ce même endroit, alors que dans un autre lieu, il est possible que l'expérience gustative soit totalement différente, ou en tout cas moins désagréable. Cela montre donc que l'intégration de données relativement simples en apparence est, en fait, beaucoup plus complexe. De plus, l'étude peut aider à expliquer certains comportements et la difficulté à produire des souvenirs lorsque des dysfonctions apparaissent.
Ces recherches, pour fondamentales qu'elles sont actuellement, n'en auront pas moins une certaine applicabilité dans l'avenir : ce serait en tout cas le sel de cette histoire.