Jean-Luc Demeere (GBS) : " Pourquoi un tel ramdam sur les suppléments ? "
Le président du GBS s'étonne de la polémique lancée régulièrement par les mutuelles autour des suppléments d'honoraires notamment en chambre particulière. Il s'agit en fait d'honoraires libres qui renflouent de manière substantielle les hôpitaux, dit-il. Ils ne vont pas en totalité ou uniquement dans la poche du médecin et sont vitaux pour le financement hospitalier. Pour cet anesthésiste senior, il faut savoir ce que l'on veut.
Le Journal du médecin : Les Mutualités chrétiennes ont fait la " une " cette semaine autour des suppléments d'honoraires. On parle d'explosion, etc. Cela vous inspire quoi ?
Dr Jean-Luc Demeere : Ma première réflexion, je la ferais sous forme de question : pourquoi les mutuelles font-elles un tel ramdam autour des suppléments ? Ça n'a pas d'influence sur l'assurance obligatoire. Il doit y avoir un lien avec leur offre d'assurance hospitalisation complémentaire qui couvre les frais de leurs membres en chambre particulière... Deuxièmement, absolument tous les patients aujourd'hui sont informés et savent de manière précise quels tarifs leur seront appliqués.
Les MC annoncent 411 millions de suppléments. C'est la moitié des frais d'administration des mutuelles... Ça frappe l'imagination...
Ce qui me choque, c'est de laisser entendre que ces suppléments vont uniquement dans la poche du médecin ! 40 hôpitaux aigus sur 92 sont dans le rouge. Les hôpitaux font des investissements qu'ils amortissent sur 30 ans. Ce sont des engagements financiers importants qui ont pour première source les prélèvements sur les honoraires et les suppléments d'honoraires. Il y va de la survie financière de ces hôpitaux. Lorsque je vois que les hôpitaux universitaires francophones pratiquent des suppléments importants, il est évident qu'ils servent à financer aussi leur activité académique. Même si je suis frappé par les différences nord/sud...
Vous êtes contre les plafonds ?
Quelle est l'utilité de proposer comme le CD&V un plafond de 1.000 euros par séjour ? Quel est le but politique lorsqu'on sait que les patients qui résident en chambre particulière ont quasi tous une assurance hospitalisation qui couvre la totalité des suppléments ? Donc, pourquoi un tel débat public ? Ce serait facile de trouver la réponse... Par ailleurs, si on parle un peu sémantique, que veut dire " honoraires " ? Pour une profession libérale comme un avocat, il s'agit de ses revenus. Mais concernant les médecins, ce sont les tarifs Inami qu'on appelle " honoraires " et tout ce qui dépasse est appelé " suppléments " et est considéré comme un crime. Dois-je rappeler qu'en 1964, on a créé un revenu garanti pour les médecins respectant les tarifs sociaux à destination du public nécessiteux ? C'est le tarif de base. Ce qui dépasse, ce sont également des honoraires ! Je rappelle en outre que les suppléments sont réglementés. Des plafonds existent déjà. Ils sont discutés avec les conseils médicaux et les directions médicales hôpital par hôpital.
Tout de même, 400%, c'est beaucoup...
Lorsqu'on parle de 300 ou 400%, il s'agit de maximums. Les moyennes sont tout à fait raisonnables (j'ai lu des chiffres autour de 187% en moyenne comme maximum). Si vous comparez avec ce que la France offre à la médecine libérale dans le cadre du secteur 2 (NDLR : non conventionné), nos suppléments sont ridicules !
Donc, vous trouvez qu'on stigmatise les médecins ?
Je crois que oui. La lutte contre les suppléments d'honoraires en chambre particulière existe pour faire baisser les coûts de la santé et pas pour défendre le patient puisque ce dernier est couvert. Cela rejoint le débat sur la réforme du financement des hôpitaux dans le cadre du rapport du KCE. On dit qu'il y a surconsommation via la médecine à l'acte. Mais le rapport du KCE ne dit pas comment on va pouvoir faire des économies. On entend tout le temps : les vilains médecins, les patients sont à plaindre. On déplace le problème. Ce sont les hôpitaux qu'on va mettre en difficulté. Est-ce cela qu'on veut ?