Cancer de la prostate : vers une remise en question de la privation androgénique comme première ligne de traitement?
La cause est entendue, les anti-androgènes de nouvelle génération apportent des bénéfices substantiels aussi bien avant qu'après prescription de docetaxel. Mais faut-il forcément passer par la case castration chimique avant de les utiliser?
S'il est sans doute encore un peu tôt pour apporter une réponse ferme et définitive, force est de constater que les données en faveur d'une utilisation en dehors de tout contexte de castration s'accumulent et sont convaincantes.
En témoignent par exemple les données de l'utilisation en monothérapie de l'enzalutamide chez 67 sujets ayant un cancer prostatique de n'importe quel stade et n'ayant jamais reçu de traitement hormonal.
Pour mémoire, les premiers résultats publiés cette année faisaient état de 92,5% de sujets ayant une baisse du PSA ≥ 80% à 6 mois (B Tombal et al. Lancet Oncol 2014; 15(6): 592-600).
A Madrid, notre compatriote Bertrand Tombal (UCL) a présenté les résultats après 2 ans de suivi. Ils confirment haut la main l'efficacité de l'enzalutamide chez les sujets naïfs de toute hormonothérapie.
Il existe une diminution du PSA ≥ 80% chez tous les patients encore dans l'étude à 1 an (n = 54) et à 2 ans (n = 45). Les taux de réponse tumorale objective évalués chez les patients qui étaient métastatiques lors de leur inclusion dans l'étude (n = 26) sont particulièrement convaincants puisqu'il a été documenté 65% de réponses tumorales objectives soit 13 réponses complètes (50%) et 4 réponses partielles (15%).
La sécurité d'emploi à long terme de l'enzalutamide s'est avérée excellente. Les principaux désagréments rapportés sont la gynécomastie, la fatigue, les douleurs des mamelons et les bouffées de chaleur. Il n'y a eu que 6 effets secondaires de grade 3 et aucun de grade 4. Trois patients ont arrêté le traitement pour cause d'effets secondaires. Aucun décès (n = 3) n'a été mis en relation avec la prise de l'enzalutamide.
Les modifications hormonales documentées et le profil de tolérance observé sont compatibles avec une forte inhibition des récepteurs androgéniques et posent donc avec acuité la question du maintien de l'induction d'une castration chimique en première intention.
A suivre de très près.