Bébés-bulles : les progrès de la thérapie génique
Administrée à neuf bébés-bulle, une thérapie génique de deuxième génération a permis d'atteindre des résultats très encourageants en termes d'efficacité et rassurants en termes de toxicité.
Les nourrissons concernés souffrent du déficit immunitaire combiné sévère lié au chromosome X ou DICS-X, une mutation sur ce chromosome empêchant le fonctionnement des lymphocytes T qui combattent les infections. Il s'agit d'une maladie héréditaire très rare, qui concerne une naissance sur 200.000 par an et qui touche principalement les garçons. Elle se caractérise par un nombre anormal d'infections, souvent graves, dès les premiers mois de la vie. Pour les éviter, les enfants sont placés en chambre stérile - d'où cette appellation de bébé-bulles - tant qu'ils n'ont pas reçu de traitement.
Mais quel traitement ? Longtemps, le seul qui a été proposé était la greffe de cellules souches provenant de moelle osseuse fournie par des proches (allogreffe). Cependant, seuls 20% des patients sont susceptibles de trouver un donneur compatible, et la mortalité d'un tel traitement demeure élevée (supérieure à 20%). En outre, suite à une telle intervention, les défenses immunitaires ne se reconstituent que de façon incomplète. Enfin, les traitements doivent être pris à vie pour éviter le risque de rejet de la greffe.
Mais depuis une quinzaine d'années, des médecins-chercheurs du monde entier développent une nouvelle approche : la thérapie génique. Il s'agit d'une " autogreffe " de cellules souches, ce qui résout le problème de compatibilité.
Le protocole mis en place en 1999 par l'équipe du Pr Alain Fischer à l'hôpital Necker pour enfants malades de Paris consiste à l'extraction des cellules souches malades de la moelle osseuse de l'enfant, à leur correction en laboratoire via un gène de substitution ou " gène-médicament ", lui-même véhiculé dans ces cellules par des " vecteurs " (des virus spécialement modifiés à cet effet), et enfin à la réinjection des cellules par perfusion.
En corrigeant les gènes défectueux, la thérapie génique a offert à plusieurs dizaines d'enfants l'opportunité de vivre une vie presque normale. Certains, toutefois, contractaient des leucémies, le gène fonctionnel s'insérant parfois trop près d'autres gènes favorisant ces maladies.
Pour que l'expression d'un oncogène soit moins à risque de survenir, les chercheurs ont modifié le vecteur et un nouvel essai incluant cinq patients français et quatre américains a été lancé début 2011. Les résultats, bien que préliminaires, incitent à l'optimisme. Avec un recul de 16 à 43 mois, huit des neuf enfants traités sont encore en vie et sept d'entre eux mènent une vie quasi normale en dehors de l'hôpital, leur déficit immunitaire ayant été presque corrigé. De surcroît, le traitement n'a jusqu'ici pas induit de leucémie. L'origine du seul décès apparaît être une infection virale survenue avant que le stock de lymphocytes T ait été entièrement reconstitué.
Les auteurs de ce nouvel essai reste cependant prudents, soulignant que l'efficacité et l'innocuité doivent s'évaluer à plus long terme.