" L'Absym aidera les étudiants si la Flandre l'accepte "
Les doyens des facultés de médecine francophones ont donné l'alerte. L'année prochaine, seule la moitié des diplômés décrochera un numéro Inami. En réaction, l'Absym persiste et signe: " les universités ont tout saboté ". Mais son président se dit prêt à aider ces étudiants, selon certaines conditions.
L'indécrottable polémique des quotas a été relancée par l'ultimatum des doyens des facultés de médecine francophones: en juin 2015, 300 diplômés, soit 50% des médecins sortant de l'université, ne disposeront pas de numéros Inami. Entretien avec Roland Lemye, président de l'association belge des syndicats médicaux (Absym).
Le Journal du médecin: les universités francophones ont saboté la planification, selon vous. Mais elles n'ont pas le pouvoir légal de limiter l'entrée des études, si ?
Roland Lemye: c'est exact mais elles ont pesé sur les gouvernements pour supprimer toutes les mesures de sélection en amont. Le numerus clausus est né d'une espèce de consensus, non seulement des médecins avec les mutuelles mais aussi des médecins entre eux, c'est-à-dire les organisations syndicales de l'époque, Absym, Cartel, Maison médicale, et universités. Les universités, se voyant privées du financement des étudiants qui n'auraient pas accès au cursus, avaient réclamé en échange d'académiser davantage la formation spécialisée. Jusque-là, il y avait une pléthore de jeunes médecins et ceux qu'on ne pouvait pas former en médecine spécialisée étaient automatiquement aiguillés vers la médecine générale.
Les universités n'avaient jamais voulu une formation sérieuse du généraliste, auprès d'un maître de stage. Les universités estimaient que c'était courir le risque de ne pas avoir suffisamment de postes de formation pour déverser tout le trop-plein. Donc elles avaient inventé un système de tutelle assez léger où un maître de stage surveillait une quinzaine de jeunes médecins généralistes en formation mais qui avaient le droit de s'installer, d'ouvrir leur propre cabinet et leur pratique était considérée comme leur formation. À l'époque, j'avais interrogé l'Inami pour savoir quel était le profil d'activité de ces jeunes médecins. Et bien, ils voyaient environ 5 patients par semaine. C'est ce que les universités considéraient comme formation.
Depuis les temps ont changé. On a eu les reçus/collés, la sorte de moratoire de la ministre wallonne Dupuis, le filtre remis puis retiré de Simonet...
À chaque fois sous la pression des universités et des étudiants. Nous sommes ainsi dans une situation où il n'y a plus de sélection, sinon l'examen d'orientation de Monsieur Marcourt. Il y a donc de nouveau un excès considérable de diplômés qu'on nous demande d'absorber.
Les problèmes sont doubles, d'abord c'est un problème communautaire. Parce que du côté flamand, ils ont été loyaux à l'accord et à la législation, ils ont mis un examen d'entrée, il est vrai pas vraiment contraignant. Mais il est pensé pour s'adapter aux chiffres réels. Si bien que la Flandre n'a jamais eu que des dépassements limités. Elle voit ces excès du côté francophone d'un très mauvais oeil. Déjà maintenant, les dentistes flamands et d'autres groupes réclament, si on accepte d'intégrer ces diplômés francophones en excès, une scission pure et simple de la sécurité sociale.
Deuxièmement, on veut bien faire l'effort d'intégration, nous sommes quand même sensibles à la détresse des étudiants. Il est clair que cela ne peut pas continuer. Il faut être conscient qu'en 2018, deux cohortes sortiront en même temps, la dernière des études en 7 ans et la première de celles en 6 ans. Ce sera un one shot mais pas un one shot d'un an puisque les formations dureront pendant 3 ans pour les généralistes et au moins 5 à 10 ans pour les spécialistes. De l'aveu même des universités, il n'y a pas de financement nécessaire. Elles nous demandent de les aider et envisagent d'envoyer ces diplômés avec une Bourse à l'étranger. Ce ne sont quand même pas des situations qu'on peut admettre et renouveler.
Il est urgent de prendre des mesures sérieuses pour l'avenir, tenant compte des problèmes budgétaires mais surtout communautaires. C'est une bombe communautaire.
La loyauté des universités flamandes repose sur le soutien politique en Flandre. La responsabilité de l'inertie francophone est-elle partagée tant par le fédéral que la Fédération Wallonie-Bruxelles ?
Non, la responsabilité est purement communautaire. Il existe au fédéral un numerus clausus selon lequel les gens peuvent être diplômés mais ils n'auront pas accès à une formation qui leur permettra de travailler dans le cadre de la sécurité sociale. Actuellement, un numéro Inami, ils en auront un, le numéro 00, qui ne leur permettra pas de faire grand-chose.
Il faut bien être conscient aussi que les étudiants manifestent en tentant de prouver que les besoins médicaux ne sont pas rencontrés. En démontrant par exemple que certaines demandes d'examens cliniques peuvent durer longtemps. Mais on ne peut pas prétendre simultanément comme ils le font qu'il y a surconsommation de soins, trop de lits d'hôpitaux.
Quelles solutions dans ce cas ?
Nous plaidons pour une sélection à l'entrée. Elle a moins d'impact sur l'avenir de jeunes, alors qu'échouer après un an marque un peu plus. Rien n'empêche une préparation comme pour les études d'ingénieurs civils. Maintenant, je ne suis pas un sectaire, je suis prêt à discuter des meilleures solutions, mais pas de faux semblants et de mesurettes qu'on sabote l'année suivante comme l'ont fait les universités francophones.
Notons toutefois les étudiants défendent l'idée de faire un métier par idéal mais dans le monde on manque de médecins. La France absorbe beaucoup de médecins belges, le nord de la France est un désert médical. S'ils sont aussi idéalistes, ils peuvent s'expatrier.
Ensuite, on nous dit qu'il y a une forte demande de médecins en dehors des soins de santé. Oui, mais c'est déjà prévu au programme. Les universités qui jouaient le jeu prévoyaient toujours environ 20% d'étudiants en plus que le numerus clausus, parce que ces 20% feront autre chose, de la gestion d'hôpital, des statistiques, travailler dans l'industrie, le journalisme, la politique. Mais ça ne dépasse pas 20%. L'Absym dit aux universités " former-les en anglais, en multilingue, essayer de promouvoir les Erasmus que les gens aillent voir ailleurs.
L'Absym comprend l'angoisse, nous ne demandons qu'à les écouter et les aider. Du point de vue communautaire, nous ne pouvons pas nous permettre de dire qu'on va les intégrer. Je veux bien leur dire en privé mais pas l'annoncer officiellement. Ces quotas posent problème, ça ne peut en tout cas pas continuer. Je suis prêt à aider les étudiants si la Flandre l'accepte et qu'il y a des garanties pour l'avenir. L'Absym plaidera leur cause mais il doit se dégager un accord entre les communautés pour obtenir une décision normative du fédéral.