Un dépistage du glaucome doit-il être prévu chez les diabétiques ?

Les études épidémiologiques sur le diabète en tant que facteur de risque de glaucome n'arrivent pas toutes aux mêmes conclusions. Une revue systématique de la littérature visant à élucider le lien entre glycémie et pression intraoculaire élevée n'avait donc rien d'une mauvaise idée.
Au total, ce sont 47 études qui ont été incluses, représentant 2.982.342 individus issus de 16 pays. La qualité variable des études - meilleure dans les études de cohorte que dans les études de cas et les études transversales, soit dit en passant - se traduit par une grande hétérogénéité dans les résultats. Malgré tout, ces résultats sont pour le moins préoccupants.
Le risque augmente chaque année
Un lien significatif peut être établi entre le risque accru de glaucome et, d'une part, la présence et la durée du diabète, et d'autre part, la glycémie à jeun. Dans l'analyse poolée, le risque relatif de glaucome était de 1,48 (1,29-1,71) chez les diabétiques par rapport aux non-diabétiques. Le risque de glaucome augmentait de 5 % (1 %-9 %) par an pour chaque année suivant le diagnostic de diabète.
En revanche, le lien entre pression intraoculaire et diabète était plutôt faible, à savoir une hausse tensionnelle de 0,09 mm Hg (0,05-0,12) pour chaque augmentation de 10 mg/dl de la glycémie à jeun.
Un mécanisme à identifier
Les mécanismes physiopathologiques possibles renvoient à une dysfonction autonome : la glycémie élevée crée un gradient osmotique, si bien qu'une trop grande quantité d'humeur aqueuse est attirée dans la chambre antérieure de l'oeil. D'un autre côté, il se peut aussi que le drainage de l'humeur aqueuse soit menacé par une dysfonction du système trabéculaire. Ce qui est sûr, c'est que l'hypertension intraoculaire n'est pas la seule responsable compte tenu de son faible lien avec le diabète. Outre l'hyperglycémie, d'autres facteurs - vasculaires, par exemple - interviennent probablement aussi, indépendamment de la pression intraoculaire. Mais le mécanisme précis reste à élucider.
Ces arguments invitent au dépistage non seulement de la rétinopathie, mais aussi du glaucome, dans la population diabétique.