CARTE BLANCHE : "Les numéros Inami sont plus importants que les êtres humains qui les portent"
Alors que le Forum de midi (La Première) discute aujourd'hui de la problématique des numéros Inami, le Dr Laurent Jumet, MG, y voit la conjonction de trois déviances : l'hyper-corporatisme, des critères d'agrément qui sont un repoussoir pour la médecine générale et le refus des facultés de médecine d'instaurer un examen d'entrée.
"Ce mercredi, au "Forum de midi" sur la Une (radio), on annonce une émission sur les numéros INAMI (que l'on refuse aux étudiants récemment diplômés).
Cela ne nous concerne pas directement, si ce n'est que l'on entend par bribes qu'il faudrait "confisquer les numéros INAMI des médecins qui en ont, afin de les donner aux nouveaux diplômés".
Finalement, ces histoires de numéro INAMI ont un dénominateur commun tant pour les agréments que pour les diplômés récents: le numéro est devenu plus important que les êtres humains qui sont derrière.
On discute dans des comités, des commissions, des conseils supérieurs, etc..., à propos de la radiation sans faute et du refus d'octroi comme s'il s'agissait d'un cargaison de moules.
À l'analyse, tout cela est le reflet d'une perte de repères. Cette situation est née de la conjonction de trois déviances:
-Une crise d'hyper-corporatisme au sein du corps médical, certains médecins s'étant définis eux-mêmes comme les "étalons de la bonne médecine" et ont décidé que tout ce qui n'était pas à leur image devait disparaître. Mais ce qu'ils ont fait, c'est décalquer la MG sur une pratique désuète où le médecin est soi-disant omniscient.
-Les critères d'agrément non seulement ne sont pas des critères de qualité, mais sont un repoussoir pour la médecine générale; ils sont l'assurance de la désertification du pays.
-Le refus des facultés de médecine d'instaurer un examen d'entrée comme il y en a toujours eu un aux ingénieurs civils. J'ai moi-même cinq ingénieurs dans ma famille (mon père, mon oncle et trois cousins) et ils n'ont jamais dit que cet examen était antidémocratique. Au contraire, cela leur a permis de faire des études dans une atmosphère plus sympathique à la différence de celles de médecine où la pléthore prévaut dès la première année, et engendre un esprit de compétition non pas pour un prix Nobel, mais bien pour un siège où s'asseoir (nous étions 700 en prière année tandis que le plus grand des auditoires ne comptait que 500 places).
Mais les universités étaient subsidiées à la capitation. Et elles étaient décalquées sur l'échiquier politique classique (libéral, chrétien, socialiste), chacun voulant sa chasse gardée: l'ULB libérale laïque, l'UCL partageant ses administrateurs avec la mutuelle chrétienne, l'ULg prenant la coloration des communes environnantes (Seraing, Flémalle, Liège, Herstal, Ans, etc...). Personne ne voulait rationaliser.
Sans oublier la faiblesse et le manque de principes des ministres de tutelle (Enseignement et Santé).
On garde néanmoins l'espoir que le nouveau ministre remette l'humain au milieu de l'affaire.
Par exemple en rejetant ces idées de "cadastre" qui ne sont rien d'autre qu'un bureaucratie malfaisante de plus."