" La ministre doit accorder un numéro à chaque diplômé "

La chef de groupe cdH à la Chambre comprend la mobilisation étudiante face à l'urgence du problème et demande à Maggie De Block de conclure rapidement un accord de principe: un numéro Inami pour tous les futurs diplômés. Entretien.
Le Dr Catherine Fonck a été la première à interpeller à la Chambre la ministre de la Santé publique au sujet de la problématique des quotas Inami. Insatisfaite par la réponse de Maggie De Block tenant en substance à l'élaboration d'un cadastre fiable, la chef de groupe cdH plaide pour une double solution : à court terme, offrir un numéro Inami à tous les futurs diplômés. À moyen terme, revoir simultanément le filtre appliqué à la sortie mais aussi à l'entrée des études. Entretien.
Le Journal du médecin :l'inertie face à ce problème des quotas, ce défaut de prévoyance, à qui est-il imputable: au fédéral, au communautaire, aux doyens des facultés ?
Catherine Fonck : les universités sont elles aussi piégées, et singulièrement les facultés de médecine. Sur le plan qualitatif, lorsqu'elles sont soumises à des entrées massives en premier bac, elles se retrouvent en difficulté.
Il faut être honnête dans ce dossier : le fédéral et les communautés sont coresponsables de cette situation surréaliste. Chacun a campé sur sa position et ce qui a manqué, c'est un vrai dialogue, plutôt que l'un qui accuse toujours l'autre. Et je crains que nous retombions de nouveau dans cette spirale négative. In fine, les pigeons, ce sont les étudiants et les unifs.
Quelle solution propose le cdH dès lors, un numéro Inami pour tous?
Il faut maintenant travailler sur une solution en deux temps. Premièrement, il faut une décision de principe: la nouvelle ministre doit garantir de manière immédiate un numéro Inami pour tous les diplômés médecins de cette année et des années suivantes.
Un médecin diplômé de nos universités doit pouvoir obtenir un numéro Inami s'il le demande. Certains vont vers la recherche, la médecine scolaire, etc. Il ne faut pas le distribuer à tout le monde. Mais cela doit être le principe, il ne peut pas en être autrement.
Est-ce que vous vous imaginez quelqu'un qui a fait le droit ou n'importe quelle autre étude à qui on interdirait d'exercer son métier alors qu'il a réussi sa formation. Ce serait un véritable scandale.
Et dans le deuxième temps, doit-elle dégager un accord entre fédéral et entités fédérées ?
Pour le deuxième temps de la solution, je partage le point de vue de la ministre lorsqu'elle dit qu'elle doit concerter. Mais elle doit forcer un accord avec les communautés, l'ensemble des acteurs des soins de santé et les doyens de facultés. Parce que le verrou de sortie est de toute façon beaucoup trop serré. On voit la situation de la moitié des communes belges qui ont une carence pour leurs MG. On voit les réalités d'une spécialité de plus en plus d'avenir qu'est la gériatrie. Quand un hôpital cherche un gériatre, il éprouve de vraies difficultés.
Dans cette réflexion, il faut intégrer le fait qu'un numéro Inami ne veut pas dire un médecin en équivalent temps plein (ETP). Il y a eu une évolution très importante de la pratique.
Il s'agit d'un changement de mentalité professionnelle...
Exactement. Les médecins ne veulent plus nécessairement travailler sept jours sur sept. Cette évolution-là, il faut aussi la prendre en compte. Un numéro Inami n'est pas nécessairement un ETP au sens qu'on le pratiquait il y a de ça 10 ou 15 ans.
Et je dis bien les communautés parce que certains recourent parfois à cette facilité de vouloir réduire le débat en disant " il y a les bons Flamands et les mauvais francophones ".
Pourquoi la Flandre respecte-t-elle les quotas dans ce cas?
Non, elle ne les respecte justement pas. La Flandre est aussi clairement en surplus. C'est vrai de façon moindre que les francophones mais n'allons pas dire qu'elle les respecte. Plusieurs centaines de diplômés sont largement hors quotas destinés à la communauté flamande. Cela veut bien dire qu'il y a un souci global. La ministre doit forcer un accord qui doit garantir à tous ceux qui sont aujourd'hui dans le circuit un numéro Inami. Je ne dis pas qu'un étudiant égale un numéro Inami mais qu'un médecin diplômé de nos universités belges égale un numéro.
Vous pensez que Maggie De Block accomplira cette mission ?
Je pense qu'elle est consciente de l'ampleur du dossier et je l'ai trouvée terriblement mal à l'aise. Dans le sens positif où elle ne donne pas l'impression d'avoir envie de balayer le truc en estimant qu'il y a des quotas et donc, voilà.
Quant à la réponse du cadastre, on nous en bassine depuis 15 ans. Je ne me souviens même pas quand on a commencé à nous causer de cadastres, j'ai l'impression qu'on a pu en faire mille depuis qu'on nous en a parlé la première fois.
Vous savez, les projections pluriannuelles jusque 2020 au moins, on les connaît. Donc, le nombre d'étudiants, le nombre de médecins diplômés que cela va faire, à quelques unités près, tout ça c'est archiconnu. C'est le truc qui me fait peur, c'est de gagner du temps en disant qu'on fait un cadastre. On ne peut plus se permettre maintenant de temporiser..
Cet accord que la ministre de la Santé doit forcer, quelle forme prendrait-il ?
Il faut ouvrir le verrou de sortir beaucoup trop serré... mais il faut travailler simultanément sur l'entrée. La grosse difficulté sur un chiffre à l'entrée, c'est qu'on travaille 6 ans avant, voire plus parce que quand vous devez imaginer les ventilations pour les spécialités. Le nombre réel de spécialistes, c'est encore plus difficile à projeter sur un parcours de 9 à 14 années.
Réorienter vers les spécialités en déshérence, est-ce déjà une direction que doit emprunter l'accord ?
Promouvoir certaines pratiques pour que les candidats médecins aient envie de s'investir, oui. Mais vous n'allez pas régler la problématique des numéros Inami simplement en réorientant ou en assurant que la pratique soit plus attractive. Ne fut-ce qu'au niveau du nombre global, ça ne fonctionne pas. Ensuite, la meilleure manière de dégoûter les médecins à la sortie, c'est de leur dire " toi, tu peux aller dans cette spécialité, et toi, c'est interdit, tu es obligé d'aller en MG ".
Mais il n'y a rien à faire, il va falloir travailler sur l'entrée. À titre personnel, je ne suis pas sûre qu'un concours à l'entrée avant la première année soit ce qu'il faille faire. Rappelons que les communautés ont mis en place un examen, dont les modalités sont différentes au nord et au sud. En Flandre, l'examen ne travaille pas non plus en fonction des quotas.
Il s'agit de revaloriser les spécialisations et de filtrer à l'entrée donc ?
Du côté francophone, il faudrait voir avec les doyens, et c'est vraiment le travail qui doit être réalisé avec les communautés et le fédéral, voir ce que ça peut donner sur base de ce modèle dans l'évolution des deux ou trois ans qui viennent. Est-ce que cela va donner, oui ou non, une différence de nombre ? Est-ce que cela suffit ou faudra-t-il accentuer en intégrant certaines exigences ? Soit en début de première, mais ça pose toujours question par rapport à ceux qui n'ont pas suivi de filière scientifique, soit en fin de première année, mais cela exige des passerelles extrêmement bien organisées, de manière positive et pas des relégations.
Cela permettrait d'avoir un signal de la part des communautés vers le fédéral et qui serait de nature, je pense, à débloquer et revoir la norme. Ce réajustement peut être fait d'année en année au niveau de l'entrée mais il ne peut pas être revu en se disant tant pis pour ceux qui n'ont pas leur Inami.