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" Le vrai problème n'est pas l'autorisation des étudiants mais leur installation "

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Auteur de nombreuses propositions sur la manière de déterminer les quotas Inami, la présidente de la Commission Santé publique à la Chambre, Muriel Gerkens (Ecolo), plaide pour une refonte de l'organisation des études de médecine (accès et sortie) afin que l'offre rencontre les besoins médicaux réels. Entretien.

31 octobre 2014

Les décideurs fédéraux et communautaires doivent assumer leur part de responsabilité dans la problématique des numéros Inami, estime Muriel Gerkens. Mais la présidente écolo de la Commission parlementaire de la Santé considère aussi que l'on se trompe de débat. L'enjeu n'est pas tant l'autorisation offerte ou non aux diplômés médecins mais bien la réponse aux besoins médicaux sur le terrain. Entretien.

Le Journal du médecin : estimez-vous cette grève des étudiants en médecine légitime?

Muriel Gerkens : je dépose des textes depuis 2006 pour dire que la manière de déterminer les quotas Inami sans se préoccuper de l'offre de soins sur le territoire ne peut aboutir qu'à des comptes d'apothicaires. On a l'impression qu'on peut évaluer les quotas sur base d'un coefficient de " il en faut 1 pour x millier d'habitants " sans tenir compte des réalités de terrain, des pénuries, de la coexistence d'hôpitaux ou pas dans une même zone géographique. On ne sait donc pas adapter l'offre aux besoins.

Je trouve normal que les étudiants s'énervent. Les chiffres déjà définis en 2012 aboutissent en 2020 à 2.830 numéros Inami alors qu'on sait qu'il y a entre 7.000 et 7.500 étudiants et qu'on a des généralistes de plus en plus âgés. On se retrouve face à une pénurie ou un épuisement qui ne va faire que s'aggraver.

Les textes que vous déposez depuis 2006 et qui ne sont pas suivis en sont la preuve, il y a une inertie des autorités compétentes. Mais c'est l'énigme de l'oeuf ou la poule : le défaut de gouvernance est-il imputable au fédéral ou aux communautés ?

C'est vrai que les flamands ont l'impression qu'ils ont tout résolu grâce à leur numerus clausus de l'accès aux études. Mais je n'ai pas envie de mélanger les deux, même si c'est ce qu'on fait depuis au moins une dizaine d'année. En disant que tant qu'on n'a pas mis de numerus clausus à l'entrée en Fédération Wallonie-Bruxelles, ça ne sert à rien de vouloir réguler. Et en prétendant que les diplômés vont envahir le marché, avec pour conséquence la surconsommation. Ce sont des fantasmes car le problème n'est pas là.

Le problème se situe après, quand les étudiants ont fini : où leur permet-on de travailler, où est-ce qu'on essaie qu'ils aillent, à quels types de besoins faudrait-il répondre avec les forces vives issues de nos universités?

Le débat aujourd'hui se résume à ne pas réfléchir au fédéral parce qu'on s'en tient à la décision en Wallonie. Je ne peux pas l'accepter. On a un vrai travail à mener au niveau fédéral sur l'organisation.

La responsabilité du fédéral est vraiment là : partant des cercles des médecins, des zones territoriales de soins, à partir de là identifions les besoins sous tous les angles. Il serait intéressant d'avoir une gestion dynamique qui colle au plus près de l'activité réelle des généralistes, de la médecine du travail, des consultations One, etc. Tout ça doit être relié, car ça a des conséquences sur les budgets de la santé.

Il manque une vision globale, la gestion est trop morcelée administrativement. Quelle solution d'urgence : la distribution par le fédéral d'un numéro Inami pour chaque diplômé ?

Franchement, ils peuvent avoir leur numéro Inami, je ne crois pas que cela mettra à mal le budget de la sécurité sociale. D'ici la sortie de ces étudiants, on a le temps de faire quelque chose. Ce fameux cadastre complet, c'est un scandale que nous ne l'ayons toujours pas. Maggie De Block s'est engagée, j'espère qu'elle va vraiment respecter ça.

Il convient aussi de stimuler les médecins à devenir maîtres de stages. Laurette Onkelinx en décembre 2013 disait " on va enlever les quotas pour les spécialisations en pénurie ", puis elle revient en arrière, notamment parce qu'elle est coincée par les maîtres de stage dans divers hôpitaux.

Tout ça est à faire maintenant, pour alléger et se rendre compte de ce dont on a besoin. En fait, il faut déplacer le débat. Ce n'est pas tellement le problème des étudiants qui sortent avec ou sans autorisation mais c'est comment réguler l'installation et l'exercice dans différents lieux où on en a besoin.

Sachant que sur la scène internationale, on en a aussi besoin. On se retrouve avec beaucoup de médecins étrangers dans nos hôpitaux. Quelque part, ça me fait plaisir qu'un médecin roumain puisse venir travailler dans de bonnes conditions chez nous quelques jours par mois en échange d'un salaire plus décent et avec une pratique différente pour pouvoir retourner à Bucarest. C'est un enrichissement dans les deux sens. Mais le problème actuel est qu'ils viennent et remplacent une pénurie, on ne rencontre donc pas les objectifs intéressants. En même temps, nos médecins peuvent circuler et aller ailleurs. Ce sont des fausses peurs que de croire que nous serons trop.

Suite de l'interview dans le Jdm de vendredi prochain.

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