Cancer de la prostate : Chimiothérapie précoce et volume métastatique
Petit passage par le récent congrès de l'ESMO, pour rappeler une analyse complémentaire de l'étude CHAARTED, présentée par Chris Sweeney (Boston), qui visait à évaluer l'association précoce d'une chimiothérapie à base de docetaxel à l'hormonothérapie classique. L'analyse qui a fait l'objet d'une présentation détaillée à Madrid, a mis en évidence des résultats en termes de contrôle de la maladie et de survie globale particulièrement spectaculaires chez les patients présentant des cancers avec un important volume métastatique. Une excellente occasion de revenir sur cette étude considérée comme une des plus importantes dans le domaine de l'onco-urologie cette année.
Le traitement de déprivation androgénique (ADT) constitue la prise en charge de référence dans le cancer de la prostate métastasé. Beaucoup de patients répondent à ce traitement dans un premier temps mais finissent par développer un cancer de la prostate résistant à la castration (CRPC). Or, on sait qu'une chimiothérapie par docetaxel permet d'améliorer la survie chez les patients avec un cancer de la prostate résistant à la castration.
Le pourquoi de l'étude
D'où l'idée de cette étude, menée sous la direction du Pr Chris Sweeney, qui était d'évaluer l'impact sur la survie globale d'une administration précoce de docetaxel, à savoir au moment de l'instauration du traitement de déprivation androgénique. Les résultats, présentés à l'ASCO, avaient fait la une de la presse spécialisée en démontrant une amélioration remarquable de la survie globale chez les patients bénéficiant de cette association précoce.
Avec ou sans chimiothérapie précoce
Rappelons que l'étude CHAARTED avait inclus près de 800 patients qui ont été randomisés vers deux groupes thérapeutiques, recevant un traitement de déprivation androgénique associé ou non, endéans les 4 mois après le début de ce traitement, à une administration docetaxel (75 mg/m² toutes les 3 semaines pendant 6 cycles). Le principal critère d'évaluation était la survie globale.
Volume métastatique important, gage de mauvais pronostic
Ce qui a motivé l'analyse présentée à Madrid est l'observation bien connue que les patients qui présentent un volume métastatique important auront une évolution moins favorable que ceux avec des cancers moins étendus, ce qui a amené les investigateurs à stratifier les patients en fonction de ce critère. Les patients avec un volume métastatique important se définissent comme présentant des métastases viscérales et/ou au moins 4 métastases osseuses dont une au minimum en dehors de la colonne vertébrale et du pelvis.
Avantage en survie pour les gros volumes
Les résultats montrent que, chez les hommes qui présentent un cancer prostatique s'accompagnant d'un volume métastatique important, l'association précoce d'une chimiothérapie par le docetaxel à un traitement de déprivation androgénique permet d'améliorer très nettement la survie globale et le contrôle de la maladie, même dans ce groupe au pronostic défavorable. Chez ces patients, la survie globale passe de 32.2 mois avec l'hormonothérapie seule à 49.2 mois en association avec la chimiothérapie, soit une réduction significative de 38% du risque de décès entre les deux approches thérapeutiques. Rappelons que pour l'ensemble de la population les durées de survie globale étaient de 57,6 mois dans le groupe ADT/chimiothérapie contre 44 mois dans le groupe ADT seul (HR=0.61; p=0.0003).
Tableau 1
Résultats de l'étude CHAARTED dans le sous-groupe considéré
Intent to treat Analysis High
Volume Pts
ADT
(n=253)
ADT +Docetaxel
(n=265)
p-value
Hazard Ratio
(95%CI*)
PSA < 0.2 at 12 mos
6.3%
15.5%
0.0011
n with PSA or clinical PD
137
113
Time to PSA or clinical PD
8.8 mos
15.0 mos
<0.0001
0.55(0.42-0.71)
n with clinical PD
112
70
Time to clinical PD
14.1 mos
29.5 mos
<0.0001
0.43 (0.32-0.59)
n with docetaxel for CRPC
98
38
Median OS
32.2 mos
49.2 mos
0.0013
0.62 (0.46, 0.83)
*CI: confidence intervals; PD: progressive disease in months; N = number of patients

Figure 1
Survie globale chez les patients avec un important volume métastatique
Effets secondaires sévères limités
Pour ce qui est des effets secondaires sévères liés au traitement, les investigateurs notent dans le groupe ADT/docetaxel quelques cas de fièvre sur neutropénie (3%) et des neuropathies de grade 3 (1% sensorielles, 1% motrices). Un décès lié au traitement a été observé chez les patients avec un cancer prostatique à faible volume métastatique traité par ADT/docetaxel et aucun décès dans les autres groupes.