Les médecins français menacent le gouvernement Hollande de grève
Deux syndicats de médecins libéraux appellent à la lutte contre la future loi santé de Marisol Touraine, la ministre française de la Santé. Et menacent de mener des grèves pendant les vacances de Noël. La rupture entre les médecins " libéraux " et le gouvernement Hollande est consommée.
"La rupture est consommée, gronde le Dr Jean-Paul Ortiz, président de la CSMF. Désormais, l'heure est à la lutte, seul moyen pour faire entendre la voix des médecins libéraux et sauver la profession des dangers qui la menacent."
Les médecins proposent aux patients de les soutenir via une pétition qu'il est possible de signer à partir de la salle d'attente dans laquelle des affichettes appellent les patients à réagir pour la qualité de la médecine et leur santé.
Qu'est-ce que les médecins français reprochent à la Loi Touraine ? Un peu la même chose qu'en Belgique bien qu'avec une petite longueur d'avance : "Tiers payant généralisé aux problèmes insolubles, 'usine à gaz' du service territorial de santé au public, exclusion des cliniques du service public hospitalier, 'démembrement progressif' des compétences des médecins par le transfert d'actes vers d'autres professions, création de métiers intermédiaires 'sans aucune concertation', 'démantèlement de la convention médicale'".
Les honoraires sont aussi au menu de cette action syndicale : face au refus du gouvernement Hollande de revaloriser les actes médicaux, les deux syndicats parlent "d'indigence tarifaire".
"Aujourd'hui", argumente le Dr Ortiz au Quotidien du médecin, "la consultation est déconnectée de la réalité. En suivant l'inflation, le 'C' [consultation] devrait être à 26 euros. Notre revendication de l'acte à 25 euros me semble donc légitime et raisonnable."
Les autres arguments avancés par les syndicalistes sonneront agréablement aux oreilles des médecins belges : atteintes répétées à la liberté de prescription (procédures de mise sous accord préalable), multiplication des démarches bureaucratiques chronophages et "le scandale du DPC" (développement professionnel continu).
Si le gouvernement ne revoit pas sa copie d'ici deux mois, des actions de grève seront menées.
L'autre syndicat (SML : syndicat des médecins libéraux) n'avale pas les attaques à la liberté d'installation et donc au libre choix du patient. Le service territorial (sorte de service civil proposant aux jeunes médecins de pratiquer dans les zones de pénurie) et les ARS (Agences régionales de santé, chargées depuis 2009 de piloter la politique de santé des régions) contribuent à régenter la liberté d'installation du médecin. Pour le SML, la loi Touraine "vise à mettre en place une médecine réglementée et administrée".
Reste à savoir, écrit le QdM, si les patients (et d'ailleurs les médecins) suivront. Car le tiers-payant généralisé est très apprécié des patients on s'en doute.