Des souris rendues transparentes pour mieux étudier leurs organes

Depuis le XIXe siècle, un des rêves des anatomistes est de pouvoir rendre transparents des organes, voire des organismes entiers, dans le but de mieux les observer et de comprendre leur fonctionnement, sans avoir à les découper.
En avril 2013, des chercheurs de l'Université de Stanford avaient déjà élaboré un protocole permettant de rendre certains organes transparents. Leur procédé consistait à substituer aux lipides opaques présents dans les tissus une substance translucide mais il s'avère difficile à mettre en oeuvre pour certaines parties du corps, qui contiennent de nombreux types de molécules opaques. Plus récemment, en août 2014, des chercheurs américains ont réussi à rendre une souris transparente dans sa totalité, grâce à une méthode reposant sur un gel aqueux contenant des détergents.
Cette fois, ce sont des chercheurs de l'Institut Riken au Japon, en partenariat avec l'Université de Tokyo, qui viennent de réaliser une nouvelle avancée dans ce sens. Il ont développé une méthode permettant de rendre les organes beaucoup plus transparents qu'avec les techniques déjà existantes.
Le processus, baptisé CUBIC, consiste à envoyer une solution saline au niveau du coeur de la souris, chassant le sang de l'appareil circulatoire et tuant le rongeur, au grand dam des défenseurs des animaux.
La souris morte est ensuite écorchée, le coeur, le foie, les reins, les poumons étant séparés du reste du corps et plongés dans un réactif pendant deux semaines maximum. Ce réactif s'avère capable de décolorer l'hème, un composant de l'hémoglobine sur lequel les scientifiques japonais ont concentré leurs efforts.
Une fois les organes réassemblés, le corps transparent de l'animal a pu être examiné en détail à l'aide d'un microscope à feuillet de lumière (lightsheet). L'équipe a obtenu des images à l'échelle cellulaire à très haute résolution de l'intérieur des organismes.
" Cette technique permet de mieux appréhender la structure en trois dimensions des organes et la présence de certains gènes dans divers tissus ", a commenté Kazuki Tainaka, un des chercheurs. " Elle pourrait être employée pour étudier comment les embryons se développent ou comment certaines pathologies comme le cancer, les maladies auto-immunes ou les anomalies cérébrales, évoluent au niveau cellulaire, " a précisé Hiroki Ueda, qui a mené l'étude. " Au final, cela pourrait apporter une meilleure compréhension de ces maladies et peut-être déboucher sur de nouvelles thérapies. "
Les chercheurs soulignent toutefois que des progrès doivent encore être faits, en termes d'imagerie, avant de pouvoir appliquer leur découverte à des organismes plus grands que celui de souris.