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Anesthésie : les processus de l'oubli...

Les pertes de mémoire sont fréquentes après une intervention chirurgicale. Cependant, le mécanisme par lequel elles surviennent reste un mystère. Plusieurs facteurs peuvent entrer en jeu, mais des chercheurs canadiens ont peut-être trouvé une origine commune.

Pierre Dewaele - 10 novembre 2014

Environ un tiers des patients adultes qui ont bénéficié d'une anesthésie générale présentent des défaillances cognitives à différents niveaux comme des pertes de mémoire à la sortie de l'hôpital. Pour les personnes âgées, il s'agit de près d'une sur deux. Pire, il semble qu'une personne sur 10 souffre encore de troubles mnésiques 3 mois après. Or, ceux-ci sont associés à l'apparition d'autres problèmes, réduisant l'autonomie de la personne et sa qualité de vie. Ils augmentent le risque de placement, voire même de la mortalité.

On se réjouit que les anesthésiques permettent de bloquer les processus de la mémoire en activant les récepteurs GABAA. Une fois l'anesthésique éliminé, la modulation normale de ce récepteur reprend ses droits dans les minutes qui suivent. Les chercheurs ont donc toujours estimé que les effets à long terme de l'anesthésie devaient être recherchés ailleurs. Dans cette étude, les chercheurs canadiens sont revenus du lit du patient au laboratoire et ont voulu savoir si l'exposition à un anesthésique peut engendrer ce type de troubles à long terme.

Ils ont effectué leurs expériences sur des souris en utilisant un anesthésique particulier, l'étomidate agissant sur les récepteurs GABAA, mais qui est aussi rapidement éliminé. A faibles doses, l'effet sur la mémoire dure 24 à 72 heures. D'autres souris traitées, elles, par dexmedetomidine, un sédatif adrénergique qui n'agit pas sur les GABAAR, n'ont pas connu ces déficits. Ils ont également testé la plasticité synaptique des neurones soumis à ces anesthésiques et ont remarqué une baisse de plasticité pour l'étomidate. Celle-ci semble disparaitre après une semaine. A plus fortes doses, l'étomidate provoque des pertes mnésiques pendant une semaine, mais qui disparaissent après deux semaines.

Pour l'équipe canadienne, il ne fait pas de doute que les mêmes mécanismes sont mis en oeuvre chez les humains et que l'incidence de ces effets est plus importante encore chez les personnes âgées. Ils suggèrent même l'utilisation d'antidote permettant de recouvrir une fonction mémorielle normale plus rapidement...

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