Henri Anrys (Absym) : " Il n'y a pas de pénurie généralisée "
Henri Anrys, juriste et secrétaire général de la Chambre syndicale du Brabant wallon, du Hainaut et de Namur, explique au Jdm le contenu de la note " numerus clausus " que l'Absym a déposée chez Maggie De Block le 7 novembre dernier.
Pour l'Absym, les étudiants en médecine sont victimes et otages des enjeux du numerus clausus et du bras de fer entre la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) et le gouvernement fédéral. Si 6.000 MG risquent d'être exclus de la sécu, c'est par manque de patients. La pénurie de pédiatres hospitaliers est la conséquence d'une norme d'encadrement intenable. Former des stagiaires coûte très cher et freine les capacités de formation par les maîtres de stage. Maggie De Block qui a reçu l'Absym récemment a promis selon l'Absym d'étudier attentivement ces arguments.
Le Journal du médecin : vous estimez que les étudiants sont instrumentalisés...
Henri Anrys : Le problème du contingentement ne vise pas l'exercice de la médecine, mais son exercice pour la sécurité sociale. C'est ce qui explique que si la Communauté française peut déterminer un accès aux diplômes sans limite, l'accès à l'Inami est fédéral et est lié au consensus avec les Flamands, aussi longtemps qu'on n'aura pas scindé la sécurité sociale et attribué son financement aux seuls budgets des entités fédérées, hypothèse qui effraie le gouvernement de la FWB.
Pour des raisons démagogiques, la ministre [de l'Enseignement supérieur de l'époque Françoise] Dupuis et le gouvernement de la FWB ont depuis longtemps entamé un bras de fer avec le Fédéral, prenant ainsi le risque de mettre en péril l'unité de la sécurité sociale fédérale.
Et ils ont utilisé comme chair à canon les étudiants remplis d'espoir mais sensés connaître la loi, en exploitant le rêve magnifique d'exercer le plus beau métier du monde et prêts à s'y investir avec toute la noblesse et le dévouement que cela implique.
Qu'a fait l'Absym entre-temps ?
L'Absym qui a vu venir la catastrophe s'est préoccupée depuis bien avant les universités et les politiciens du sort de ces jeunes dont on utilise l'enthousiasme pour les lancer contre le mur en toute connaissance de cause.
Depuis trois ans, l'Absym demande un statut spécial pour eux compatible avec l'interdiction européenne d'exercer pour la sécurité sociale sans formation complémentaire.
En outre, dès le 26 mai 2014, ma Chambre syndicale écrivait à tous les conseils médicaux pour demander combien de stagiaires supplémentaires ils pourraient intégrer dans leurs staffs et à tous les maîtres de stage pour savoir s'ils pouvaient augmenter le nombre de leurs stagiaires. Mais cela coûte cher. C'est pourquoi, depuis deux ans, l'Absym réclame une intervention du ministère à raison de la moitié des salaires au moins sinon ce n'est pas possible. Madame Onkelinx me répondait en 2013 : " Votre demande est légitime mais je n'ai pas d'argent ".
Pourquoi accablez-vous de manière récurrente les universités ?
Tout d'abord, le contingentement porte sur le nombre de plans de stage à des titres particuliers et le n° Inami n'en est qu'une conséquence. L'université a le monopole de pouvoir conditionner ces stages à une attestation universitaire " candidat attesté ".
Le Gouvernement de la FWB, les facultés et la FEF connaissaient à l'avance le nombre de places qui seraient disponibles. Ils se sont opposés à une sélection à l'entrée. Ils ont cru que devant l'émotion créée par la situation absurde qu'ils créeraient, ils mettraient la société, en l'espèce l'Inami, devant le fait accompli. Le Fédéral a aussi une responsabilité parce que de fait depuis plusieurs années la Commission de Planification a accepté les diplômés excédentaires de chaque promotion en prélevant sur les stages (numéros Inami) des promotions suivantes (lissage). Elle a ainsi donné le mauvais signal que le numerus clausus pouvait être contourné indéfiniment. Bien plus, le Fédéral a élargi ce nombre programmé de 50 % pour amortir le choc futur de ce prélèvement. L'Absym a ainsi accepté l'augmentation du nombre de 757 (2011) à 1.025 (2014) puis 1.230 (après 2015). Au lieu de considérer cela comme une soupape ponctuelle, les organisations étudiantes l'ont considérée comme la fin du numerus clausus.
Il y a des pénuries partout : les hôpitaux ne cessent de s'en plaindre au niveau du recrutement...
N'exagérons pas le nombre de praticiens que cela concerne (20 pédo-psy., 10 SMA, 5 urgentistes, par exemple). Quand un médecin se plaint d'avoir des postes non attribués d'interniste en médecine interne générale, infectieuse et endocrinologie, remarquons que l'endocrinologie est une sous-spécialité de deux ans après la médecine interne. Elle n'est pas visée dans les spécialités contingentées, elle est prise parmi les internistes. Ceux-ci peuvent donc s'investir dans ce titre particulier.
L'infectiologie est une formation complémentaire non contingentée, pas plus que l'allergologie ouverte à plusieurs spécialités. La Commission de planification ne les examine pas et un déficit n'est pas lié à ses contraintes, étant entendu que les postes peuvent être attribués sur base de l'expérience acquise.
L'orientation est plutôt actuellement de freiner les sous-spécialisations légales qui créent dès le lendemain de leur création une pénurie par manque de certifiés.
Selon vous, la pénurie en MG est très exagérée car 6.000 MG risquent d'être exclus de la sécu faute de patientèle suffisante...
Absolument : faute de prouver 500 contacts/an, ces MG vont être privés de leur droit d'exercer la médecine générale pour l'Inami, étant entendu il est vrai pour relativiser, que dans l'incapacité de vivre en tant qu'indépendant avec 500 contacts, ils ont tous déjà une autre activité hors Inami : surveillance des patients hospitalisés, expertise, etc. Vous imaginez la réaction de ces médecins quand ils entendent parler de pénurie alors qu'ils n'ont pas de patients !
En plus, la double cohorte 2018 avec l'arrivée de 2.460 diplômés, va soulever un énorme problème. C'est cette anticipation qui empêche la continuation du lissage imprudemment escompté, c'est-à-dire la distribution anticipée des stages des promotions suivantes.
Jean-Claude Marcourt est opposé à un examen d'entrée, vous et les doyens désormais y sont favorables. Qui a raison ?
Pourquoi les étudiants en médecine et le ministre Marcourt sont-ils hostiles à un examen d'entrée ? On invoque de fausses raisons : la valeur inégale des diplômes d'humanités selon les écoles. On pourrait répondre alors, non pas qu'il faut améliorer l'enseignement secondaire, ce qui serait utopique, mais qu'il suffit de prévoir une année préparatoire de mise à niveau, d'autant que la durée des études a été réduite d'un an.
En fait, la réalité est pire : c'et la crainte que très peu d'étudiants belges ne réussissent et que toutes les places soient trustées par les Français habitués aux années préparatoires ou bénéficient d'une année " reçu/collé " qui leur donne une longueur d'avance.
Autre solution : le cadastre...
Un cadastre n'est pas la panacée. Le cadastre (NDLR : à découvrir dans le Jdm de ce vendredi) est un instrument pour déterminer la répartition géographique, la répartition par discipline. Mais ces chiffres ne seront utiles que si on a déterminé des critères de besoin : combien de pédiatres par 10.000 enfants faut-il en hôpital, combien en consultation ? Combien de psychiatres infantiles ? Combien de gériatres ? Il y a des normes pour servir de base. Sont-elles réalistes ?
Il y a quelques années, on a fixé une norme de cinq pédiatres temps plein par 20 lits de pédiatrie, ce qui est impossible à financer. Et si on dit alors qu'il y a pénurie par rapport à des normes démentielles, on va dans le mur ! Et, depuis lors, on parle de pénurie de pédiatres, alors qu'il s'agit de pénurie en hôpital. La norme vient d'ailleurs d'être abaissée...