Un homme retrouve l'usage de ses jambes après une greffe de cellules olfactives
Vaincre la paralysie est un des enjeux actuels les plus importants de la science. Or, pour la première fois, une équipe a réparé la section abîmée de la moelle épinière d'un patient bulgare âgé de 40 ans.
En juillet 2010, Darek Fidyka a été frappé à l'arme blanche au niveau de la neuvième vertèbre thoracique par l'ex-mari de sa compagne. La lame a sectionné la moelle et l'a laissé paralysé des deux jambes, jusqu'à la taille. Il y a deux ans d'ici, il a été opéré selon un protocole qui n'avait jusque-là été testé que sur des animaux. Récemment, il a réussi à faire quelques pas.
L'intervention aussi délicate qu'inédite qui a permis ce " miracle " est le fruit de douze années de recherches visant à aider des patients qui ont subi une déchirure totale des nerfs de l'épine dorsale et qui sont condamnés à se déplacer en fauteuil roulant jusqu'à la fin de leurs jours.
La méthode a été élaborée et testée en laboratoire à l'Institut de neurologie de l'University College de Londres mais l'opération a été menée à la clinique de neurochirurgie de l'hôpital de Wroclaw, par une équipe de chirurgiens polonais et britanniques, sous la direction du Dr Pawel Tabakow.
Concrètement, les médecins ont transplanté par injection, dans la colonne vertébrale du patient, au-dessus et au-dessous de la lésion médullaire, des cellules olfactives engainantes, accompagnées de leurs fibroblastes. Cultivées en laboratoire, ces cellules nerveuses avaient été prélevées dans son bulbe olfactif, une zone du cerveau située juste au-dessus des fosses nasales, et non pas dans son nez comme on le fait généralement, parce que l'intéressé souffrait d'une inflammation des sinus.
En se multipliant, les cellules engainantes ont formé une sorte de pont entre les fibres nerveuses endommagées et celles intactes sur lequel les tissus sectionnés ont pu se reconstituer.
Les premiers résultats sont apparus trois mois après l'autogreffe : la cuisse gauche de Darek Fidyka s'est " réveillée ". Trois mois plus tard, alors que ses muscles s'étaient renforcés et que le haut de son corps était devenu plus stable, il a fait ses tout premiers pas. Désormais, il peut bouger les hanches, il marche avec un déambulateur fixé à ses chevilles, et il s'est même remis à conduire une voiture.
Autrement dit, l'opération a permis de restaurer, au moins en partie, les sensations et la motricité de ses membres inférieurs. L'homme a aussi récupéré des fonctions sexuelles et des sensations dans la vessie et l'intestin, et il est convaincu de redevenir tôt ou tard autonome.
" Pour moi, c'est encore plus impressionnant que les premiers pas de l'homme sur la Lune ", s'est réjoui le Pr Geoffrey Raisman, l'inventeur de cette technique novatrice.
Toutefois, comme l'ont souligné plusieurs experts, cette réussite, aussi encourageante soit-elle, ne concerne encore qu'une seule personne. D'autres confirmations sont nécessaires. Elles viendront peut-être des essais cliniques prévus au Royaume-Uni et en Pologne sur dix autres patients souffrant d'une lésion similaire de la colonne vertébrale.