Wikipedia pourrait prévoir et traquer les épidémies
Prévenir et contenir la propagation d'une épidémie suppose la mise en place d'un système de surveillance capable de la détecter, de la caractériser et de quantifier la fréquence de survenue de nouveaux cas. Le système actuel s'appuie sur les consultations de patients chez le médecin ou à l'hôpital, les examens de laboratoire et les diagnostics, la notification aux structures de veille sanitaire des données sur l'absentéisme à l'école ou au travail, les appels et les hospitalisations dans les services d'urgences.
Considéré comme fiable, ce dispositif a le désavantage de coûter cher et de prendre du temps, un délai important s'écoulant entre le moment où un cas est observé et celui où il est notifié. D'où la recherche de moyens complémentaires reposant essentiellement sur l'analyse du gisement de données médicales d'Internet.
Déjà en 2009, le Centre américain de contrôle des maladies avait utilisé Google Trends, un outil qui référence les mots tapés sur le célèbre moteur de recherche pour suivre, de manière assez précise, l'évolution de la grippe aux États-Unis.
Mais Internet permet désormais mieux encore : détecter de manière précoce la grippe et même l'anticiper, ainsi que d'autres infections, avant que le système traditionnel de surveillance épidémiologique ne les ait enregistrées. Cela se vérifie notamment avec l'encyclopédie participative en ligne gratuite Wikipedia si l'on en croit les résultats d'une équipe de chercheurs du Laboratoire national de Los Alamos, au Nouveau Mexique.
Constamment mise à jour par les internautes, Wikipedia permet d'accéder à des informations médicales sur toutes les pathologies, en temps réel et de manière transparente partout dans le monde. Elles sont publiées en 287 langues.
S'appuyant sur toutes ces données, Sara Del Valle et ses collaborateurs ont choisi de suivre sept maladies infectieuses et neuf pays : grippe (Japon, Pologne, Thaïlande, États-Unis), dengue (Brésil, Thaïlande), choléra (Haïti), VIH/sida (Chine, Japon), Ebola (Ouganda), tuberculose (Chine, Thaïlande, Norvège) et peste (États-Unis). Soit un total de 14 contextes maladie-lieu.
Résultat, pour huit de ces contextes, les auteurs notent que leurs prédictions à partir de l'historique des recherches faites sur Wikipedia sont similaires à celles réalisées par les médecins sur le terrain. Ils précisent que ces épidémies ont non seulement été suivies avec succès au moment où elles se déroulaient, mais ont même été prévues avant que les médecins ne voient défiler les patients fiévreux, jusqu'à 28 jours plus tôt dans les cas de la grippe et de la dengue. De quoi réduire considérablement leur impact.
Les chercheurs ont pu de la sorte dégager un nouveau modèle de surveillance et de prévention des maladies infectieuses, permettant de compléter utilement l'analyse médicale en laboratoire ou chez le médecin. Ils reconnaissent toutefois que ce modèle doit être mis à l'épreuve dans d'autres contextes que ceux étudiés.