Hôpital ou prison : le théorème de Penrose revient en force...
Il y a 75 ans que Lionel Shaples Penrose, mathématicien, généticien et psychiatre, établissait son hypothèse selon laquelle le nombre de lits psychiatriques est inversement proportionnel à la population carcérale.
Cette question taraude toujours les chercheurs et semble de plus en plus prégnante dans nos sociétés. Le cas de l'Amérique du Sud semble particulièrement intéressant de ce point de vue. Des chercheurs se sont intéressés à l'évolution de la situation depuis les années 90 sur ce continent.
Pourquoi 1990 ? Car c'est à cette date que fut signée la déclaration dite de Caracas qui a permis de restructurer les soins de santé mentale en Amérique latine. Les soins devaient dès lors se baser sur des preuves scientifiques et le respect des droits humains.
Les chercheurs ont donc tout d'abord évalué le nombre de lits psychiatriques depuis 1990 et ont comparé ces données au changement du nombre de prisonniers. Ceci a été testé suivant différents modèles de régression. Les variables économiques ont également été prises en compte en tant que covariables. Des données ont été obtenues en Argentine, en Bolivie, au Brésil, au Chili, au Paraguay et en Uruguay.
Depuis les années 90, le nombre de lits psychiatriques a décru dans les 6 pays considérés : allant de -2% à -71,9% alors que, dans le même temps, la taille des populations de prisonniers a augmenté de 16,1% à 273%. En moyenne, la suppression d'un lit psychiatrique est associée à une augmentation de 5,18 prisonniers supplémentaires (95% CI : 3,10-7,26; p = 0.001). Ceci peut être réduit à 2,78 prisonniers si la situation économique est considérée comme une covariable. L'association entre lits psychiatriques et nombre de prisonniers demeure presque inchangée si on considère les inégalités de revenus comme une covariable. Cela signifie que ces inégalités jouent un grand rôle sur la criminalité, on s'en doutait.
L'hypothèse de Penrose est donc bien vérifiée dans ce cas. Il y a un certain nombre de mesures à prendre en amont et en aval, sinon la population carcérale ne fera que croitre, c'est à craindre...