Démence et criminalité : un lien élastique...
Plusieurs spécialistes se sont penchés durant les décennies précédentes sur les rapports existant entre troubles neurodégénératifs et des actes criminels tels des comportements sexuels inadéquats, de la violence, associés à des difficultés de fonctions exécutives.
C'est principalement le cas si ces dysfonctions apparaissent chez l'adulte ou des individus d'âge moyen, voire même plus tardivement dans la vie. L'hypothèse de chercheurs américains est que de tels troubles sont associés à un processus dégénératif. Ils ont donc tenu à connaitre la fréquence et le type de comportement criminel qui pouvait survenir chez ce type de patient.
L'étude a été menée auprès de 2.397 patients traités au centre de la mémoire et du vieillissement de l'université de Californie à San Francisco. Les chercheurs ont inclus 545 patients Alzheimer, 171 avec une démence fronto-temporale avec des troubles du comportement, 89 patients avec une aphasie sémantique et 30 présentant une maladie de Huntington. Les données recueillies ont été stratifiées en fonction du type de comportement criminel.
Sur les 2.397 patients au départ, 204 (8,5%) avaient une histoire personnelle de criminalité qui est survenue durant leur maladie. En fonction des groupes de diagnostic des maladies, on retrouve 42 des 545 patients avec un Alzheimer, soit 7,7%. Les patients souffrant de démence fronto-temporale sont relativement plus nombreux avec 64 patients avec un passé criminel sur 171, soit 37,4%. Les chercheurs ont aussi montré que 27% des personnes aphasiques avaient, elles aussi, commis un crime et 20% des malades atteints de Huntington. Ce sont donc les patients avec une démence fronto-temporale qui sont le plus susceptibles de développer des comportements criminels et d'avoir recours à la violence que des patients Alzheimer. Il s'agit de comportements criminels comme le vol, les infractions routières, les actes sexuels ou d'outrages aux bonnes moeurs. Ceci contraste totalement avec les patients Alzheimer où les actes délictueux sont des infractions routières, souvent en relation avec le déclin cognitif.
L'apparition de comportements criminels nouveaux chez des personnes adultes n'ayant auparavant commis aucun délit devrait faire penser à un processus de démence engagé concernant notamment les zones front-temporales. Pour les auteurs, cela mérite en tout cas d'être étudié.