La metformine réduit-elle le risque de cancers gynécologiques ?
Des études épidémiologiques ont montré que l'hyperinsulinémie, la résistance à l'insuline et le diabète sont associés à un risque accru de cancer. Toutefois, les résultats pointant vers une réduction du risque par la metformine ne sont pas confirmés dans toutes les études. Dans cette étude observationnelle, la metformine a été comparée à d'autres antidiabétiques oraux en termes d'effet sur les cancers gynécologiques.
Une cohorte de 67.000 femmes diabétiques de type 2 a été constituée sur la base de dossiers émanant d'une grande base de données californienne. Ces femmes ont fait l'objet d'un suivi de 6 ans pour le cancer du sein, de l'endomètre et de l'ovaire, ainsi que pour un composite de ces cancers. Les effets d'un traitement par metformine ont été comparés à la metformine associée à d'autres antidiabétiques, à d'autres antidiabétiques sans metformine et à l'absence de médication.
Absence de réduction significative
Les femmes ayant utilisé la metformine en association avec d'autres antidiabétiques ont obtenu une réduction de 15 % du risque de cancer du sein. Cette réduction n'était toutefois pas significative. En outre, après stratification en fonction des taux d'HbA1c, la baisse était fortement atténuée pour les taux d'HbA1c les plus faibles (HR corrigé = 1,06 ; IC à 95 % 0,73-1,55). Le nombre de cancers de l'endomètre et de l'ovaire était trop faible pour tirer une quelconque conclusion.
Les femmes qui avaient utilisé les associations composées de metformine faisaient face à un risque de cancer (composite) comparable à celui observé chez les femmes sous monothérapie par metformine (HR corrigé=0,92 ; IC à 95 % 0,78-1,10).
Les auteurs n'ont pas non plus mis en évidence de différence significative en termes de risque de cancer gynécologique chez les utilisatrices de metformine par rapport aux non-utilisatrices.
Forces et faiblesses
Cette étude n'a donc pas pu confirmer d'effet favorable de la monothérapie par metformine sur la réduction du risque de cancer du sein. Si l'association d'antidiabétiques semble bien réduire le risque, la réduction reste non significative.
Les auteurs signalent que l'étude est soumise à certaines limitations, tenant notamment au fait que 34 % des femmes (jeunes pour la plupart) ont disparu de la base de données et qu'aucune distinction n'est opérée entre les femmes préménopausées et ménopausées, alors qu'on sait que les oestrogènes peuvent jouer un rôle dans le développement des cancers du sein et de l'endomètre. Les auteurs concluent que les antidiabétiques stimuleraient la carcinogenèse plutôt qu'ils ne l'initieraient.
D'autre part, l'étude comporte certains atouts, à savoir : la taille et la composition ethnique de la cohorte, la prise en compte de nombreuses covariantes et la collecte objective des données dans le temps (pas d'autorapportage).