Dépression : vaincre la peur de l'autre...
Plus besoin d'apporter de preuves de l'implication de la déficience des voies sérotoninergiques dans la survenue de la dépression ou des troubles anxieux. En revanche, ces mécanismes peuvent-ils induire une résistance aux médicaments ? La réponse se trouve peut-être dans le cerveau des souris...
Des chercheurs new-yorkais ont utilisé des souris transgéniques (Tph2KI) qui n'ont que 20 à 40% des taux normaux de sérotonine dans le cerveau. Ces souris constituent un modèle bien connu pour la dépression majeure.
Il apparait que les souris avec cette mutation répondent de manière très différente à certains stress, mais pas à d'autres. Les chercheurs les ont soumises au stress psychosocial de la défaite. Ils ont placé les rongeurs inoffensifs face à un congénère particulièrement agressif tous les jours, pendant 7 à 10 jours. Après pareil traitement, les souris mutées évitent tout contact avec un étranger, ce qui est, chez la souris, un signe de dépression. Chez les souris non mutées, un tel traitement pendant une semaine n'aboutit habituellement pas à des signes de dépression. En revanche, on y parvient après 3 semaines chez les souris normales.
Les chercheurs ont alors découvert que le traitement par un SSRI durant 3 semaines après le stress permet de résoudre les troubles dépressifs chez les souris normales, mais pas chez les souris mutées. Ceci pourrait expliquer pourquoi certains patients sont résistants au traitement par SSRI. Les scientifiques américains ne se sont pas arrêtés là. Connaissant l'existence de récents travaux sur l'habenula latérale, ils ont tenté d'inhiber sa fonction grâce à de " nouvelles " molécules : les DREADD (Designer Receptors Exclusively Activated by Designer Drugs). En agissant sur ces récepteurs spécifiques, ils sont parvenus à rétablir des contacts sociaux normaux tant chez les souris mutées que non mutées.
Il s'agit donc d'une preuve de l'intérêt de ce type de molécules dans ce cas, qui pourrait constituer une alternative aux SSRI chez le patient réfractaire à ce traitement. Toutefois, le chemin est encore long pour passer de la souris à l'homme...