Démence : une image en mémoire...
Des études passées concernant certains types de démence ont montré qu'il était possible de détecter la maladie avant sa survenue grâce à une imagerie particulière. Des chercheurs ont tenté de le démontrer dans la démence fronto-temporale.
La démence fronto-temporale est connue pour être une des formes de maladies neurodégénératives héréditaires. Dans un tiers des cas, la maladie est causée par une mutation autosomique dominante survenant sur un des trois gènes codant soit pour le progranuline (GRN), pour la protéine Tau associée aux microtubules (MAPT), pour la protéine C9orf72 (chromosome 9 open reading frame 72). Cette dernière est une protéine que l'on trouve dans de nombreux tissus, mais dont le rôle reste méconnu. On retrouve une de ses mutations dans la sclérose latérale amyotrophique.
Les chercheurs ont recruté 220 patients dans différents centres des patients connus pour être porteurs d'une des trois mutations citées plus haut ou à risque d'en être porteurs en raison d'une filiation au premier degré avec un porteur symptomatique. Ils ont calculé le délai entre l'âge au moment de l'évaluation et l'âge moyen au moment de la survenue de la maladie dans la famille. Les participants ont subi un examen clinique standardisé ainsi qu'une batterie de tests neuropsychologiques. Une IRM a permis d'évaluer les volumes corticaux et subcorticaux.
Parmi les 220 sujets, on a pu en dénombrer 118 porteurs d'une mutation : 40 symptomatiques et 78 asymptomatiques. Grâce aux tests neuropsychologiques, ils ont pu déterminer les différences les plus précoces entre les porteurs des mutations et les non-porteurs avec une discordance entre les groupes apparaissant 5 ans avant la survenue attendue de la maladie. Toutes les différences étaient significatives, sauf pour la mémoire immédiate et la fluidité verbale. Du côté de l'imagerie, les chercheurs ont pu détecter des anomalies, dans le cortex insulaire et au niveau des lobes temporaux, 10 ans avant la survenue attendue des symptômes.
Les auteurs estiment donc qu'un examen approfondi à l'imagerie et par tests neuropsychologiques permet de déterminer le risque de développer une démence fronto-temporale chez des adultes asymptomatiques. Ces résultats sont intéressants en clinique, mais concernent aussi la recherche fondamentale pour la découverte de biomarqueurs prédictifs de la maladie et pouvant qualifier sa progression.