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Le difficile diagnostic de la dyspraxie discuté à Louvain-la-Neuve

Des experts belges et français dans le domaine de la dyspraxie ont fait le point mardi lors d'une journée scientifique à l'Aula Magna à Louvain-la-Neuve sur ce trouble qui toucherait 5 à 6% des enfants, et davantage les garçons. La dyspraxie est sous-diagnostiquée en Belgique, estime Marie-Pascale Noël, docteur en psychologie à l'UCL (Louvain-la-Neuve). Les intervenants ont mis en exergue le difficile diagnostic de la dyspraxie et des troubles souvent associés.

D'après communiqué - 11 mars 2015

Le trouble de l'acquisition de la coordination (TAC) gène de manière significative la vie scolaire ou les tâches de la vie quotidienne des enfants qui passent pour des maladroits, indique Marie-Pascale Noël. Ces enfants sont particulièrement lents dans la vie quotidienne, éprouvent des difficultés à l'école pour dessiner, coller ou couper par exemple et pour les jeux de puzzle et de construction, poursuit Michèle Mazeau, médecin en rééducation (Paris). Ils passent parfois malgré eux pour des beaux parleurs qui n'agissent pas, bénéficiant d'un surentraînement sur le plan verbal. Avec les autres troubles "dys" (dyscalculie, dysgraphie, dyslexie,...), la dyspraxie se traduit par une grande hétérogénéité des performances, avec des fonctions préservées. Des tests risquent ainsi de déceler des déficients mentaux intelligents, ironise Michèle Mazeau. Des tests QI ont recours en partie à la vision, déplore par ailleurs Sylvie Chokron, directrice de recherche CNRS (Paris), alors que la dyspraxie est souvent associée à des troubles neurovisuels.

Il est difficile de poser un bon diagnostic, tant les pièges existent. "La dyspraxie est sous-diagnostiquée en Belgique car elle est moins connue par les parents, les enseignants ou même parmi des psychologues et logopèdes que les troubles de l'attention ou la dyslexie", relève Marie-Pascale Noël. Il est toutefois peu judicieux de poser un diagnostic avant 5 ans, précise-t-elle.

La comorbidité (troubles associés) liée à la dyspraxie est fréquente, notamment en ce qui concerne les troubles de l'attention (TDAH) ou la dysphasie. Il est recommandé de procéder à une évaluation clinique, complétée par divers examens (chez un neuropsychologue, un orthoptiste (vision), un logopède, etc) afin de confronter les bilans.

Certains enfants atteints de TDAH écrivent de manière illisible étant trop rapides et ne souffrent donc pas de dysgraphie, souligne Michèle Mazeau. Des enfants dyspraxiques qui connaissent des problèmes de lecture en raison de problèmes neurovisuels ne souffrent pas de dyslexie primaire, ajoute-t-elle. Elle considère qu'il est difficile de déterminer la comorbidité, qui est surdiagnostiquée dans le cas des troubles "dys".

Pour la directrice de recherche CNRS Sylvie Chokron (Paris), le lien entre les troubles praxiques et neurovisuels n'est pas clair. "Il se pourrait même finalement que ce soit exactement la même chose", dit-elle, les deux types de trouble étant souvent associés. Cette spécialiste estime que ces troubles affectent 5% des enfants, soit un élève par classe qui présenterait des lésions aux voies visuelles mais non directement aux yeux. Les troubles neurovisuels peuvent être confondus avec la dyspraxie, mais aussi la dyscalculie, une déficience intellectuelle, des signes autistiques, des troubles de l'apprentissage, la dyslexie, la dysgraphie ou encore les troubles de l'attention, tant la vision interfère dans le développement d'un enfant.

"Les troubles praxiques et neurovisuels pourraient avoir pour origine une même lésion (au cerveau). Les troubles neurovisuels auraient pour conséquence d'impacter les gestes (praxie, ndlr). La lésion pourrait être étendue avec pour conséquences des troubles praxiques et neurovisuels. Ou alors il n'y a pas de relation entre les deux troubles, mais c'est peu probable vu le lien étroit qu'ils entretiennent", explique-t-elle.

Notons que les troubles neurovisuels ne sont pas forcément visibles, les lésions au cerveau n'étant pas toujours apparentes. Et les enfants qui en sont victimes n'ont pas tendance à se plaindre, n'étant pas conscients qu'ils voient anormalement.

Pour Michèle Mazeau, un seul trouble ne peut expliquer un handicap mais bien une mosaïque de troubles qui interagissent.

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