Le paracétamol: Docteur, j'ai lu sur internet...
Cet antalgique est parmi les plus utilisés au monde et notamment dans le traitement des douleurs musculo- squelettiques. Aujourd'hui, il est sous les feux de l'actualité via une revue des études observationnelles publiées qui concluent avec " sagesse " que le paracétamol à haute dose pris de façon prolongée serait toxique. L'étude comporte un nombre de biais peu égalé à ce jour. Alors, info ou intox?
Les auteurs1 ont sélectionné 1.888 études observationnelles (8 cohortes) présentant des données de mortalité et d'effets secondaires cardiovasculaires, rénaux et gastro-intestinaux dans une population générale prenant des doses standard de paracétamol, comparé à un groupe témoin. On retrouve pêle-mêle une relation dose-réponse pour la mortalité (RR = 0,95 à 1,63) dans 2 études de cohorte, une relation dose-réponse pour des événements cardiovasculaires (RR = 1,35) dont les infarctus du myocarde et les accidents vasculaires cérébraux, et ce pour un traitement de plus de 22 jours, une relation avec des effets gastro-intestinaux (hémorragies, ulcères) dans une étude, et une insuffisance rénale dans 3 études observationnelles pour une consommation de 500 gr sur toute une vie. Les auteurs concluent qu'en raison de son caractère observationnel, de nombreux artefact peuvent influencer les résultats.
Info ou intox?
Sur un plan méthodologique, l'étude souffre en effet de nombreux biais. Peu d'informations sont fournies quant aux doses prises, aux indications, aux co-morbidités, certains patients pouvant être sous paracétamol en raison d'un risque cardiovasculaire, rénal ou digestif limitant la prise d'AINS. Aucun ajustement des variables n'a été proposé. Sur le plan de la mortalité, on peut penser que les patients sous paracétamol haute dose et longue durée présentent des maladies à risque de décès. Ce qui revient à dire qu'il ne faut pas confondre cause et conséquence.
Les conclusions de cette étude reposent sur des appréciations statistiques qui ne font pas la distinction entre la poule et l'oeuf. En filigrane, on peut aussi déplorer l'utilisation médiatique qui a été faite de ces données par des auteurs peu capables de se livrer à une analyse critique. Ce besoin actuel de sensationnalisme et de scoop ne devrait pas trouver son expression en médecine. La diffusion d'informations et de petites phrases sorties de leur contexte ne font que compliquer la relation médecin-patient qui est déjà devenue si difficile... " Docteur, j'ai lu sur internet "...