Être ivre rien qu'en mangeant des frites, c'est possible !
Tout autant qu'Ebola, c'est peut-être le syndrome d'auto-brasserie que les Belges doivent redouter. Le syndrome d'auto-brasserie ? Késako ? Un truc pas possible qui a longtemps gâché la vie de Nick Hess. Après chaque repas, surtout lorsqu'il avait mangé des plats riches en glucides, tout particulièrement des frites ou des patates, ce Britannique de 34 ans devenait ivre. Sans même avoir bu une seule goutte d'alcool.
" Tous les matins au réveil, j'étais pris de vomissements, de douleurs à l'estomac et de maux de tête soudains ", a-t-il expliqué à la BBC. " L'effet pouvait durer des jours entiers, mais parfois ça m'arrivait d'un coup : paf, et j'étais bourré ! ".
Une histoire à dormir debout, qui prête à rire, mais que Karon, la femme de Nick, n'a pas du tout trouvée comique. Faut dire que Nick a même été arrêté par un policier pour conduite en état d'ivresse. Pendant plusieurs mois, Karon l'a soupçonné d'être alcoolique et de lui cacher sa consommation de certaines boissons. Du coup, elle a mis leur maison sens dessus dessous à la recherche de bouteilles cachées. Sans succès...
Alors comment expliquer l'état d'ébriété de Nick et son haleine d'alcoolo ? N'y tenant plus, l'intéressé s'est soumis à une batterie de tests médicaux.
Résultat ? Après un repas contenant beaucoup de glucides, ses intestins contenaient un taux incroyable (plus de 400% par rapport à la normale !) d'une levure spéciale, la " Saccharomyces cerevisiae ", capable de transformer l'amidon contenu dans le riz, le pain, les pâtes ou encore les pommes de terre, en... éthanol. Son taux d'alcoolémie était d'ailleurs aussi élevé que s'il avait bu sept verres de whisky.
Présente dans les féculents et les boissons alcoolisées, et utilisée depuis l'Antiquité pour la fermentation, cette levure de boulanger est normalement éliminée par le foie et les voies digestives, mais quand la flore intestinale est trop endommagée, comme après une prise importante d'antibiotiques, les levures peuvent s'y multiplier, les bactéries ne parvenant plus à contrôler leur propagation.
Ouf ! Le couple sait désormais que l'ivresse chronique de Nick a une origine biologique, une maladie rarissime, repérée pour la première fois en 1976 chez un Japonais et qui, fort heureusement, se soigne.
Malgré l'existence de plusieurs cas, cette maladie reste néanmoins controversée dans le milieu médical. Il est vrai que ce syndrome a parfois été utilisé comme argument pour contester une conduite en état d'ivresse, ce qui pousse certains toxicologues à rester prudents.
Quoiqu'il en soit, avec un traitement antifongique qui accélère la vidange gastrique et un régime adapté, les symptômes de Nick ont pratiquement disparu et le jeune homme a de nouveau la patate et une haleine bien fraîche. Mais les sachets ou les barquettes de frites, c'est désormais banni, surtout avant de prendre le volant...