Antipsychotiques et risque de décès dans la démence : l'heure des bilans ?
Le risque de décès augmente en cas de prise d'un antipsychotique ou de psychotropes chez le patient dément. Toutefois, et de manière assez surprenante, la comparaison avec l'absence de traitement n'avait jamais été réalisée.
Afin d'y remédier, des chercheurs américains ont mesuré le nombre de patients à traiter afin de provoquer un décès (NNH, number needed to harm). Ils ont réalisé une étude rétrospective cas-contrôle chez des vétérans entre 1998 et 2009. En tout, 90.786 patients âgés de 65 ans ou plus ont été inclus. Ils présentaient tous une démence confirmée. L'analyse finale a été réalisée en 2014. Sur l'ensemble, 40.008 patients ont été traités par antipsychotiques (halopéridol, quétiapine, olanzapine ou rispéridone) ou un antidépresseur.
Les chercheurs ont évalué le risque absolu de décès et le NNH pendant un suivi de 180 jours chez les patients traités par rapport aux participants non traités présentant les mêmes facteurs de risque. Chez les patients traités, le risque de décès a été associé à chaque médicament et a aussi été comparé aux personnes sous antidépresseurs après ajustement pour l'âge, le sexe, l'année de début de la démence, la présence de délire ou d'autres caractéristiques cliniques et démographiques. Dans une seconde analyse, les chercheurs ont comparé le risque absolu de décès entre les groupes olanzapine, quétiapine et rispéridone après ajustement de la dose.
Par rapport aux non-utilisateurs, les patients sous halopéridol ont un risque de décès augmenté de 3,8% (95% CI, 1.0%-6.6%; P < 0.01) avec un NNH à 26. Pour la rispéridone, le risque est de 3,7% (95% CI, 2.2%-5.3%; P <0 .01) avec un NNH égal à 27. Pour l'olanzapine et la quétiapine, les risques de mortalité sont respectivement de 2,5% (95% CI, 0.3%-4.7%; P = 0.02) et 2.0% (95% CI, 0.7%-3.3%; P < 0.01) avec un NNH respectif pour chacune de 40 et de 50. Comparativement aux antidépresseurs, le risque de décès va de 12,3% pour l'halopéridol (NNH=8) à 3,2% (NNH=31) pour la quétiapine. Par ailleurs, si l'on compare les antipsychotiques entre eux, la rispéridone et l'olanzapine augmentent le risque de 1,7 et 1,5% respectivement par rapport à la quétiapine. Par ailleurs, les chercheurs ont constaté une augmentation de ce risque liée à la dose.
Il apparait donc selon eux que l'effet des antipsychotiques sur la mortalité des patients déments pourrait être plus important qu'on le pensait.