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Obésité et dépression : l'intestin est-il le lien ?

Le cerveau est lié à notre tractus intestinal selon différentes voies. Des scientifiques californiens ont exploré celles de nos bactéries commensales intestinales qui pourraient servir à expliquer la survenue d'un syndrome dépressif chez la personne obèse. Pourquoi pas ?

Pierre Dewaele - 7 avril 2015

Pas de doute que l'intestin constitue aussi un organe extrêmement riche en neurones. Par ailleurs, plusieurs études ont montré que le microbiote intestinal pouvait nettement influencer la survenue d'une obésité. Différentes expériences chez les souris ont montré que l'on pouvait transplanter cette obésité chez des souris normales à partir des matières fécales de souris obèses. Chez l'homme, des transplantations fécales, utilisées pour combattre des infections à C difficile résistantes, ont conduit parfois aux mêmes phénomènes.

Or la prévalence de troubles mentaux, en particulier la dépression et la démence, s'accroit en cas d'obésité. Des chercheurs ont testé l'hypothèse de savoir si un changement du microbiote intestinal associé à l'obésité était capable de modifier le comportement neurocognitif chez des souris.

Ils ont utilisé des souris non-obèses mâles chez lesquelles ils ont transplanté le microbiote de souris ayant reçu un régime gras (HFT) ou un régime normal. Ils ont ensuite suivi leur comportement et les modifications biologiques. Les souris receveuses ont été maintenues à un régime alimentaire normal.

Les souris transplantées avec le microbiote HFT ont réduit leurs activités exploratoires, cognitives et stéréotypiques par rapport aux souris ayant reçu le microbiote contrôle, alors même qu'il n'y a pas eu de prise de poids. L'analyse génétique des fèces a confirmé la présence de microbiotes totalement différents. Le HFT a également été associé à une modification des marqueurs de la fonction de la barrière intestinale et à une augmentation des endotoxines ainsi qu'à une modification de l'expression de certains facteurs immunitaires. L'analyse des cerveaux a montré, chez les souris ayant reçu le microbiote HFT, une inflammation plus importante du tissu cérébral ainsi qu'un déséquilibre cérébrovasculaire.

Tout ceci confirme l'importance du microbiote intestinal et le lien entre celui-ci et des dysfonctionnements neurologiques. Les auteurs vont même jusqu'à suggérer des manipulations diététiques ou pharmacologiques, mais d'autres études seront nécessaires pour le démontrer scientifiquement.

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