Revirement
Rares sont sans doute les médecins ayant pour vocation de remplir jour après jour attestations, prescriptions et autres document divers et variés. Pour remédier à l'inflation paperassière ambiante, sortir des sentiers battus et tenter de temps à autre une nouvelle expérience ne peut pas faire de tort...
" Laissez-moi, en tant que patient, endosser une responsabilité accrue dans ce domaine. Je gère bien tout moi-même lorsqu'il est question d'argent, et mon médecin n'est pas un comptable ! ", avonsnous par exemple eu l'occasion récemment de lire sur Twitter. Si le message n'est sans doute pas révolutionnaire, la piste de réflexion n'en est pas moins intéressante. La loi sur les droits du patient stipule qu'il revient au médecin de tenir à jour le dossier médical mais que le patient doit pouvoir avoir pleinement accès à ces données. Ce dernier point complique évidemment passablement les choses. Ne serait-il donc pas plus simple de permettre aux patients qui le souhaitent de gérer euxmêmes (ne fût-ce qu'en partie) leur données médicales - en prévoyant bien évidemment à tout moment un droit voire même un devoir de regard pour le médecin ? Dans cette hypothèse, le dossier médical suivrait littéralement le patient et plus l'inverse. Après tout, le citoyen moyen est déjà amené à conserver une foule d'informations... et le fait d'archiver lui-même ses données médicales ne pourra que l'impliquer davantage dans la gestion de sa santé.
Il existe évidemment un certain nombre d'écueils. Tout d'abord parce qu'il est question ici d'informations sensibles, dont il faut donc pouvoir garantir la confidentialité. Ensuite parce qu'au problème bien connu des inégalités de santé et des inégalités dans l'accès aux soins vient s'ajouter celui de l'illettrisme administratif, qui risque de laisser un certain nombre de personnes sur le carreau. Les patients ne sont pas non plus tous suffisamment armés pour affronter toutes les informations qu'est susceptible de contenir leur dossier médical, que ce soit sur le plan intellectuel ou émotionnel. Enfin, combien de personnes seront réellement capables de conserver ces informations leur vie durant ?
Aux objections évoquées ci-dessus s'ajoute un problème financier. Les mutuelles bénéficient d'un financement public considérable pour gérer les flux administratifs. Auraient-elles au final encore un rôle à jouer dans l'assurance-maladie ? Et vous, en tant que médecin ? Même en laissant de côté l'aspect pécuniaire de la question, êtes-vous réellement disposé à confier au patient la responsabilité de son dossier médical ? Certains répondront probablement par l'affirmative, mais certainement pas tous. Il en va d'ailleurs de même pour les patients : si une partie d'entre eux ne demanderaient sans doute pas mieux que de prendre en main la gestion de leur propre santé, d'autres préfèreront toujours laisser l'initiative au médecin...